Arrestation de Ratko Mladic, bonne nouvelle pour la Serbie ?

F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 27 Mai 2011 06:52

Arrestation de Ratko Mladic, bonne nouvelle pour la Serbie ?

Le général Ratko Mladic, à Belgrade en mars 1993, deux ans avant son inculpation pour génocide. Crédits photo : PETAR KUJUNDZIC/REUTERS

En cavale depuis 16 ans, Ratko Mladic a été arrêté le jeudi 26 mai, dans un village au nord de Belgrade. Le « Boucher des Balkans » devrait être extradé à La Haye pour être jugé. Le président serbe Boris Tadic s’est dit convaincu d’avoir ouvert une voix pour des négociations d’adhésion de son pays à l’Union européenne, avec cette arrestation.

« Au nom de la République de Serbie je vous annonce qu’aujourd’hui nous avons arrêté Ratko Mladic. Le processus d’extradition est en cours. C’est le résultat d’une coopération totale de la Serbie avec le Tribunal de la Haye (…) Aujourd’hui nous avons refermé un chapitre de notre histoire récente, ce qui nous fera avancer d’un pas vers une réconciliation complète dans la région. Je crois que les autres pays doivent en faire de même. Tous les crimes doivent faire l’objet d’enquêtes et tous les criminels de guerre doivent être jugés. J’appelle à un enquête indépendante, avec mandat du Conseil de sécurité de l’Onu, sur les sérieux soupçons de trafic d’organes au Kosovo ».
Lors de la conférence de presse annonçant, après 16 ans  de cavale, l’arrestation du criminel de guerre le plus recherché d’Europe, le président serbe Boris Tadic ne s’est guère étendu sur les crimes du « Boucher des Balkans ». Il n’a pas non plus été très disert sur les conséquences, morales, cathartiques ou matérielles, pour son pays, de la mise hors d’état de nuire de l’ancien général, chef militaire des Serbes de Bosnie. Boris Tadic s’est juste dit convaincu d’avoir ainsi « ouvert la porte vers le statut de candidat, les négociations et finalement l’adhésion à l’UE ». Bruxelles a en effet clairement lié l’avenir européen de Belgrade à l’arrestation de ce criminel, accusé, entre autres, de génocide pendant la guerre de Bosnie. Or, le commissaire européen à l’élargissement, Stefan Füle, chargé d’évaluer la candidature serbe, doit justement remettre son rapport en octobre, deux mois avant le sommet européen de décembre. Hasard du calendrier ? L’avant-veille de l’arrestation de Mladic dans son village de Voïvodine, la télévision serbe s’excusait, dans un communiqué publié sur son site, pour les  « insultes, calomnies et ce que l’on nommerait aujourd’hui un discours de haine » diffusés « pendant les évènements tragiques des années 1990 », contre « certains citoyens de Serbie et des pays voisins ».
Avec la remise de Mladic à la justice internationale, la Serbie fera incontestablement un grand bond vers l’Europe. Mais à en croire un sondage réalisé le mois dernier, si 58,5% des Serbes soutiennent l’adhésion de leur pays à l’UE, 52,2% sont opposés à l’extradition de Mladic à La Haye. Un sondage qui peut expliquer l’allusion finale du président Tadic à la sordide affaire du trafic présumé d’organes au Kosovo, au centre d’un rapport du sénateur tessinois Dick Marty, présenté l’an dernier au Conseil de l’Europe : selon ce rapport, certains membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) auraient prélevé, en 1998 et 99, en Albanie, des organes sur des civils serbes, avant de les assassiner. Si pour paraphraser Boris Tadic, la Serbie vient de refermer un chapitre de son histoire récente, elle peine encore à tourner la page de l’indépendance du Kosovo, déclarée unilatéralement voici 3 ans…
Source Mariane – Anne Dastakian
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F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 27 Mai 2011 06:52