Dans un camp de réfugiés du séisme en Haïti: “Voter? Pour quoi faire?”

F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 20 Mar 2011 08:25

Dans un camp de réfugiés du séisme en Haïti: “Voter? Pour quoi faire?”

Des volontaires participent à la préparation des bureaux de vote, le 19 mars 2011 à Port-au-Prince

PORT-AU-PRINCE — Pour accéder au camp de réfugiés du séisme dans ce quartier de Port-au-Prince, il faut franchir un ruisseau à l’eau croupie. Son débardeur déchiré laisse sa nuque cuire au soleil. Francine ne pense pas voter dimanche. “Pour quoi faire ? Personne ne nous aide”, dit-elle.

Cela dit, Francine n’a rien contre les deux candidats, Michel Martelly et Mirlande Manigat. “J’ai trois enfants et personne pour les garder demain (dimanche, ndlr) pour aller voter”, soupire-t-elle.

Son camp est installé à 500 mètres de la somptueuse résidence de Jean Bertrand Aristide, l’ex-président haïtien revenu vendredi au pays après sept ans d’exil en Afrique du Sud.

Lors de la campagne pour le second tour de la présidentielle de dimanche, les deux candidats ont peu parlé des 800.000 de leurs compatriotes qui vivent encore sous les tentes érigées après le séisme du 12 janvier 2010.

Et encore moins cette semaine: dans la dernière ligne droite, l’ombre de Jean Bertrand Aristide a plané sur le scrutin.

Le scrutin, Fécu Serge en fait son affaire. D’ailleurs il est aux premières loges pour l’élection. Son camp à lui est posé dans la cour de récréation de l’école nationale Guatemala de Pétion-Ville, qui servira de centre de vote dimanche.

“Ecoutez, ceux qui vont aux rassemblements de Martelly sont les mêmes qui sont allés accueillir Aristide à l’aéroport” vendredi, assène M. Serge, sans dire que M. Aristide ne s’est prononcé ni pour l’un, ni pour l’autre des deux candidats.

“On vit mal ici. On se débrouille seuls. On (des ONG, ndlr) nous donne un peu d’eau et du riz. C’est tout. Mais au moins on n’a pas eu de choléra”, raconte-t-il, un t-shirt aux couleurs de M. Martelly, un populiste de droite, sur les épaules.

“On dit que Martelly est pédéraste mais c’est juste des airs qu’il se donnait quand il était chanteur. J’aimerais bien voter pour lui, mais j’ai perdu ma carte d’électeur et on m’a dit qu’on allait me la remplacer après l’élection”, souffle le quinquagénaire, sous le regard hilare de Johnny Atidor et Timèn François.

“Eh, ‘tit blanc ! Viens voir”, lance Timèn. Il se balance sur une chaise en osier au dossier percée. Les écouteurs de son balladeur sont étrangement plantés sur ses tempes et non sur ses oreilles. “Nous, on veut manger, on veut du travail. +Tèt kale+ (“crâne chauve”, en créole, le surnom de M. Martelly) va nous en donner”, assure Timèn qui vit seul dans une tente Decathlon. Il ne sait pas exactement où aller voter mais ça n’a pas l’air de l’inquiéter plus que ça.

Un coup d’oeil au balcon de l’école qui surplombe le camp de réfugiés de Fécu, Johnny et Timèn: les 84 membres du centre de vote écoutent Wilner, le responsable du centre, leur donner les toutes dernières instructions sorties du “Guide pour les membres des bureaux et centres de vote”.

A l’école nationale Guatemala, les 11.200 électeurs inscrits devront départager M. Martelly et Mme Manigat et se choisir sénateurs et députés.

Le matériel sensible, les bulletins de vote et les procès-verbaux, “a été distribué hier (vendredi, ndlr). Il est en sécurité, sous clefs pour éviter les fraudes”, assure Wilner.

Source AFP

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F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 20 Mar 2011 08:25