Antilles. Carnaval : Au-delà de la fête…

Sxminfo Antilles
Par Sxminfo Antilles mars 5, 2014 12:18

Antilles. Carnaval : Au-delà de la fête…

Tornades de couleurs, déferlements de décibels, pas de danse endiablés (parfois diaboliques…), strass et pailletés, rires et liesse… Il n’y a pas de doute, c’est le Carnaval !

Le carnaval est un évènement majeur aux Antilles, et si cette grande cavalcade peut sembler n’être qu’un divertissement collectif, il recèle pourtant de nombreuses autres problématiques pour qui veut bien prendre le temps de se décaler.

Difficile à imaginer “when I see ya whine up Gyal”, mais les origines du Carnaval sont d’abord catholiques. Il s’agissait d’une modeste fête populaire en amont du carême, qui permettait aux chrétiens de festoyer et de manger de la viande une dernière fois avant d’entamer la période de privation. Le terme Carnaval vient ainsi de “carnelevare” qui signifie “enlever la viande”. Et c’est parce que le Carême, période de jeûne, bannit toute alimentation carnée et graisseuse que les jours “gras” sont dédiés à l’abondance et par extension, à l’exubérance. Les jours gras sont ceux où les festivités carnavalesques, qui débutent le dimanche suivant l’épiphanie et se terminent le Mercredi des Cendres, atteignent leur paroxysme. Et juste pour sourire… on ne peut que constater que de par la nature même de nos morphologies caribéennes, le spectacle du Carnaval antillais est en particulier appréciable des… “meat lovers” !

En termes historiques, le carnaval est introduit aux Antilles par les colonisateurs européens qui organisaient de grandes réceptions masquées avant de se contraindre aux privations des 40 jours de carême. Les esclaves furent peu à peu autorisés à organiser, de leur côté, des festivités qui se devaient calquées sur celles de leurs maîtres, mais qui ont très rapidement pris des teintes afro-amérindiennes et revêtu une symbolique contestataire.

De nos jours, le Carnaval est devenu un grand événement festif et populaire bien éloigné de ces considérations religieuses et historiques, mais avec une dimension sociétale certaine dans la mesure où les habituelles barrières, socio-professionnelles notamment, n’existent plus dans le cadre des parades. Elus, directeurs d’institutions, fonctionnaires, chômeurs, personnes agées, enfants… tous se retrouvent indifféremment pour danser et parader ensemble. Et là, nous ne pouvons manquer de souligner la présence de plus en plus marquée au fil des années de la communauté indienne de Saint-Martin au fonctionnement en général plus cloisonné.

Mais ne nous leurrons pas, aucun carnaval n’a jamais métamorphosé le visage d’une société, ce n’est qu’une grande fête généreuse en marge du quotidien, où tous les excès et amalgames sont tolérés. En ce sens, il constitue un exutoire. Est-ce alors parce que Saint-Martin vit une période qui, à la mince échelle humaine du temps, semble être parmi les plus difficiles et complexes de son histoire que les carnavaliers nous ont cette année offert des parades et une énergie telles qu’il ne nous avait été donné de voir depuis de nombreuses années ?

Quoiqu’il en soit, les jours gras ne sont qu’une parenthèse au terme desquels chacun retrouvera sa place dans la société et la vie reprendra son cours normal avec ses normes, ses codes et ses limitantes. Personne ne s’interrogera sur la portée économique d’une mobilisation qui parvient à fermer Marigot d’Agrément à Bellevue en passant par le Front de Mer, avec l’adhésion souriante de la majorité, ou en tous cas aucune voix contestataire n’osera s’exprimer car le carnaval fait partie de Saint-Martin.

Pourtant, dans un passé pas si lointain, ces jours dédiés au carnaval étaient réellement chômés de toute la population. Mais au fil du temps, et parce qu’aujourd’hui Saint-Martin présente une multiplicité culturelle rare, une bonne part de l’activité se poursuit en marge des parades, certaines zones d’activité ne vivant absolument pas la tradition. Notons que nos voisin de Sint Maarten ont su imposer le respect de celle-ci en imposant par décret la fermeture des boutiques et l’inactivité.

Ainsi, avec 13 troupes, dont 2 ayant fait le déplacement de Guadeloupe et de Martinique, le Carnaval 2014 se pose déjà comme une belle réussite sans que la “prise de possession” de la ville n’interpelle au-delà des objectifs festifs… Il est indéniable qu’une part du mérite revient au Comité carnavalesque qui a reçu délégation des pouvoirs publics pour l’organisation des festivités. D’ailleurs, pour faire écho au point précédent, cette délégation avait symboliquement pris la forme d’une remise des clés de la ville lors de la cérémonie d’ouverture des festivités. 

Le travail effectué par FCDSM et les troupes participantes met en exergue le fait que lorsque les énergies sont mobilisées et galvanisées autour d’une cause, on parvient à dépasser le manque de moyens financiers et les querelles d’égo ou d’intérêts. Pouvons-nous pour autant aller jusqu’à penser que le carnaval pourrait devenir un outil de développement d’avenir, alors même qu’il nous vient de pratiques ancestrales ?

Avec un peu de projections, et sans vouloir dénaturer l’essence même du Carnaval, rien ne nous interdit de nous interroger sur le bien-fondé de politiques de mise en valeur de la culture et du patrimoine autour du Carnaval qui pourraient à la fois encadrer les festivités et contribuer à leur financement, en particulier au travers de fonds européens. Lorsque l’on sait que Miss Caraïbes Hibiscus, pour prendre un exemple proche, traverse les années en partie grâce à ces fonds, on peut aisément projeter le potentiel que portent les thématiques affichées lors des parades 2014.

De même, et puisque la troupe de l’Amicale de l’Office du Tourisme comptait un couple de touristes qui s’en est donné à coeur joie, ne peut-on raisonnablement voir là une piste de promotion de la destination en ces temps où les arguments traditionnels s’essoufflent et pèsent de moins en moins vis-à-vis de la concurrence alentour ?

Au regard de tous ces éléments, sociétaux, culturels, économiques, il est évident que le Carnaval pourrait dépasser de loin son strict cadre païen et se poser à la fois comme un levier multidimensionnel et une source de rayonnement du territoire. Mais en attendant, contentons-nous de constater que le cru 2014 fait partie des meilleurs. Pour cela, félicitations aux organisateurs et remerciements à tous les participants !

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