Projet de hub régional Air France. Daniel Gibbes parviendra-t-il à imposer aux forceps une nouvelle donne touristique à la gouvernance locale ?

Igor Rembotte
Par Igor Rembotte octobre 23, 2013 12:25

Projet de hub régional Air France. Daniel Gibbes parviendra-t-il à imposer aux forceps une nouvelle donne touristique à la gouvernance locale ?

231013-UDLes “Rencontres partenariales pour le développement touristique des îles du Nord de la Caraïbe” avaient lieu sous la houlette du député Daniel Gibbes les 17 et 18 octobre derniers, le contenu et les objectifs affichés de ces rencontres sont disponibles ici.

Hasard du calendrier ou non, ces rencontres avaient lieu alors même qu’une visite du ministre de l’intérieur était planifiée (avant d’être annulée par la brulante affaire “Léonarda) et que la Caribbean Tourim Organisation tenait congrès avec sa conférence annuelle “State of the Industry” en Martinique avec l’objectif de “discuter des problèmes, trouver des solutions et généralement développer des initiatives qui profiteront à l’industrie du tourisme dans les Caraïbes.”

Tout d’abord, si l’on en croit les documents-support, cette manifestation était organisée et portée par le Député transformé en event planner/VRP pour l’occasion. Il faut bien entendu saluer l’initiative comme chaque fois qu’un cadre de réflexion constructive peut être posé et que la concertation est exercée. Mais l’on peut tout de même s’interroger quant à cette portance…

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Mais qui a organisé ces rencontres ? Le Député des Îles du Nord, le Conseiller territorial, le leader de l’opposition TDG, le Président de l’Union pour la Démocratie, le secrétaire territorial de la Fédération UMP de Saint-Martin ou le conseiller national en charge du tourisme outre mer pour l’UMP ?

Alors ? Certes, un évènement pour le tourisme et pour le développement intégré de ce secteur d’activité sur nos îles caribéennes avec un positionnement stratégique fort de la compagnie Air France, mais aussi un acte politique fort à moins d’une année d’élections locales double : le renouvellement des élus de la CCISM et les sénatoriales.

Quoiqu’il en soit, c’est sous les yeux intéressés des Sénateurs de Saint-Martin et de Saint Barth, qu’étaient réunis des participants variés et volontaires : une délégation de Saint Barth composée d’élus du Conseil territorial et du Comité de tourisme ; des représentants de l’AHSM, de la FERCOM, de la FIPCOM, de l’ACM, de la CCISM ; des directeurs d’hôtel ; des responsables de Watersports ;  des entrepreneurs tel que William Welch, gérant de la Loterie Farm ou Jean Arnell de la société Computech (mais qui était peut être là au titre de la CCISM) ; des responsables d’associations comme Mark Yokoyama et l’équipe de “Fruits de Mer”… Un mix de piliers de la place et de sang neuf ou émergent qui a dû garantir aux débats richesse et diversité.

Par contre, brillaient par leur absence des représentants de l’Etat, de la Collectivité, de l’Office de tourisme et même de la Direction du Tourisme. Quelles que soient les raisons de ces absences, elles sont regrettables au regard des enjeux et au nom de l’efficacité. Toutefois, on ne peut oublier que localement, Daniel Gibbs est dans l’opposition, que son passé met en lumière une certaine capacité à créer les électrochocs locaux qui ont déjà su mettre à mal la gouvernance précédente et qu’en ce sens, plébisciter cet évènement aurait sans doute renforcé sa position locale.

Mais alors, quid de la suprématie de son rôle parlementaire ? N’oublions pas ici que contrairement aux sénateurs, représentants de leur collectivités, les députés sont eux au service de toute la nation …

Néanmoins, en boudant le colloque, la gouvernance permettra au Député de se poser en victime d’une majorité peu conciliante. D’ailleurs, vis à vis du projet de hub régional développé par la société Air France et à destination potentiellement de 7 îles caribéennes, Daniel Gibbs est clair à dire que les élus locaux peuvent encore “prendre la balle au bond” tout en indiquant que si la gouvernance en place à Saint-Martin n’y voyait pas d’intérêt, le projet sera mené à bien pour les autres 6 destinations, n’oublions pas que notre député est aussi celui de Saint-Barthélemy qui pourrait présenter de belles opportunités politiques dans les années à venir.

Dans un tel cas, on voit mal comment Saint-Martin pourrait bénéficier des retombées potentielles d’un tel projet sans qu’un quittus soit donné par la majorité RRR. A cet égard, les propos de la Vice-présidente du Comité territorial du tourisme de Saint Barth, Elodie Laplace, sont clairs. En résumé, Madame Laplace a indiqué que si le secteur touristique se portait bien sur l’île voisine, c’est parce que les opérations de promotion et de développement s’inscrivaient dans un cadre stratégique clair, maîtrisé et stable dicté et soutenu par la COM de Saint Barth !

C’est donc aussi en terme de pragmatisme que la forme de ces rencontres porte à confusion. Comment en effet s’attendre à ce que des réflexions d’acteurs privés trouvent des voies de mise en oeuvre dans les politiques publiques sans participation des responsables administratifs et politiques à leur élaboration ?

Si l’objectif était de présenter et/ou valider l’opportunité d’un partenariat aérien entre Air France et les 7 îles de notre bassin de cohérence en utilisant Sint Maarten (qui d’ailleurs n’était pas représentée non plus), en quoi cela nécessitait-il cette grand-messe chronophage et énergivore ? Air Caraïbes n’a-t-elle pas, il y a seulement quelques jours, ouvert une desserte de Saint-Barthélémy sans autre préambule que les négociations entre acteurs concernés ?

En conclusion et à l’échelle de Saint-Martin, ce hub Air France constituerait évidemment une très belle avancée pour le tourisme local à condition que les acteurs se donnent les moyens de capter la clientèle concernée et que les décideurs s’approprient un projet soutenu actuellement pas le leader de l’opposition… Le succès de cette initiative viendrait donc renforcer localement la position d’un Député UMP/TDG qui ne l’oublions pas semble être la seule force d’opposition réelle au RRR et qui avait aussi brigué en son temps les élections territoriales de 2012. Si certains pensent déjà aux sénatoriales de 2014, il ne fait aucun doute que les élections territoriales de 2017 trouvent déjà une certaine place dans les stratégies de conquête de l’électorat.

Une fois de plus, il va falloir choisir entre l’efficacité de l’unité et l’inertie de la division politique avec le clair souvenir d’un projet Jutras qui avait lourdement divisé et largement porté l’émergence du Conseiller Terrtiorial Daniel Gibbs à l’époque. Le projet de Hub Régional Air France et la naissance du Comité Inter-île chargé de se pencher sur la question pourraient constituer le terreau d’une ré-émergence de l’Union pour la Démocratie…

L’actualité de l’Union pour la Démocratie foisonne de rendez-vous depuis quelques jours, le prochain aura lieu pas plus tard que ce soir avec une conférence-débat sur le multilinguisme.

Lorsque l’on cerne quels sont localement les chevaux de bataille politiques de Daniel Gibbs, on se demande à peine quel pourrait être le prochain évènement dont il pourrait assumer la paternité : Les assises de la fiscalité caribéenne et la naissance d’un comité ad hoc inter-île de fiscalité comparée ?

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Igor Rembotte
Par Igor Rembotte octobre 23, 2013 12:25

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