La vraie richesse de Saint Martin par Yves KINARD

Yves KINARD
Par Yves KINARD 23 Avr 2012 04:00

Les membres de la nouvelle équipe en place découvrent les profondeurs abyssales des finances de la Collectivité dont, certes, ils avaient un peu conscience, étant dans l’opposition depuis des années. Mais la réalité des chiffres est autrement plus effrayante quand enfin on a accès à la totalité des informations. Avec le refus, par deux banques déjà, d’octroyer un prêt à la Com, et un autre qui se profile pour la troisième piste, l’espérance de moyens financiers paraît s’étioler.

Même si des négociations avec l’Etat laissent à penser qu’une solution pourrait être trouvée, ne nous faisons pas d’illusions, ce n’est pas demain que l’argent sera dans les caisses de la Collectivité. Or, au delà du paiement de ses agents, une Collectivité détient normalement une des clés de la relance, c’est la commande publique. Mais comment la payer quand il n’y a plus de sous dans les caisses et plus de moyens d’emprunter? Actuellement quelques chantiers financés par l’Europe, l’Etat et une participation mineure de la Collectivité sont lancés comme la médiathèque ou le nouveau réservoir de Spring. Le BTP a assez dit que cela ne représentait globalement qu’à peine 30% du chiffre d’affaires que le secteur doit faire pour maintenir son activité et ses emplois. Pour le reste, c’est à peu près silence radio avec peu d’investissements privés. Il faut donc explorer d’autres pistes.

65602219Pourtant, de mon point de vue, Saint Martin est riche, très riche. Mais il faut changer la dynamique de fonctionnement. Jusqu’à maintenant la Collectivité, et la Commune avant, avait un fonctionnement classique basé sur l’initiative publique. Ce qui impliquait une participation dont nous n’avons plus les moyens. La commande privée se heurtait à deux obstacles. Celui d’abord de la correspondance entre les opportunités offertes et la politique de développement de la Collectivité. Le deuxième obstacle est la lenteur d’analyse des propositions et souvent la frilosité de décision. Plus globalement, la qualité des opportunités dépend pour beaucoup des caractéristiques locales qui sont de la responsabilité de la Collectivité. Au premier rang il y a évidemment l’environnement fiscal dont l’avenir est assez imprévisible pour le moment et qui est le premier facteur incitatif d’un investisseur. Le deuxième aspect qui dépend aussi de la Collectivité est l’environnement d’implantation sur les divers aspects comme l’environnement proprement dit, mais aussi les infrastructures que ce soient les routes, l’électricité, l’eau, la santé, etc… Sur certains volets nous sommes notablement en avance sur beaucoup d’îles des Caraïbes avec de vrais arguments comme nos dessertes aériennes. Mais sur bon nombre d’aspects, comme par exemple le fait que nous n’ayons jamais fait l’effort de nous mettre aux normes pour acquérir le statut de station balnéaire, nous sommes en défaut.

Or, nous conservons un excellent potentiel, à condition qu’on accepte une fois pour toutes que les domaines d’intervention d’une collectivité sont réduits à l’offre d’opportunités et l’administration de celles-ci. C’est-à-dire, que la Collectivité doit proposer une idée, une disponibilité, un encadrement et ensuite un appui administratif. Et ne s’occuper que de cela. Concrètement, la démarche, par exemple, de proposer un aménagement du front de mer passant par la définition d’une orientation, puis un appel d’offres basé sur un projet cadré par un cahier des charges précis prévoyant notamment le paiement d’un droit d’entrée et une rémunération annuelle, en échange de la construction et la gestion d’un ensemble touristico-économique, est clairement ce qu’il faut faire. Le bénéfice est immédiat: la Collectivité perçoit, par exemple, d’emblée les 30 millions qui lui manquent plus l’assurance d’un loyer annuel. Indirectement, elle a aussi l’assurance de percevoir des impôts sur les entreprises liées à la construction puis l’exploitation, ainsi que ceux en provenance des employés, des commerces périphériques, etc…. Coût pour la Collectivité? Quasi nul. Or la démarche vers laquelle on va inévitablement s’orienter si on en croit le programme de campagne du RRR est de passer par la case Semsamar, donc une partie des moyens de la société d’économie mixte joints à ceux de la Collectivité par le biais de ses 51% (même si ce n’est pas elle qui paie). D’une manière assez pragmatique, cela veut aussi dire que l’argent qui sera injecté est déjà disponible et pourrait être utilisé ailleurs, par exemple pour des infrastructures publiques quand l’investissement proprement dit pourrait injecter de l’argent privé extérieur. Un vrai plus pour l’île et non un déplacement interne de fonds. Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs qu’il ne faut pas se servir de l’outil Semsamar.

Et l’on pourrait multiplier les idées puisque théoriquement, d’une manière ou d’une autre, la Collectivité a la maîtrise géographique et peut donc décider de mettre du terrain à disposition pour des projets dont elle a besoin, fut-ce en passant par le biais de l’expropriation pour cause d’intérêt public. En résumé, pour peu que la Collectivité reprenne l’initiative de s’ouvrir à l’investissement étranger en offrant un accompagnement administratif et fiscal, nul doute que très vite on peut relancer l’économie de Saint Martin. Il faut juste que la Collectivité décide de ses priorités. L’argent est là, il faut simplement lui donner les moyens de venir. Plus globalement, il faut arrêter de voir la Collectivité comme une source de revenus pour divers secteurs au travers de sa commande publique et plutôt la voir dans son rôle essentiel: baliser le chemin, donner des autorisations, contrôler. A priori, il me semble que nos voisins hollandais ont compris cela depuis longtemps. La différence de développement montre assez que le choix est judicieux, même si le balisage laisse un peu à désirer. Sans oublier aussi qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Il faut parfois faire des compromis.

Yves KINARD

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Par Yves KINARD 23 Avr 2012 04:00