La couleur qui n’existe pas (suite d’« Un étrange déjeuner »)

Charli ETCHEGOYEN
Par Charli ETCHEGOYEN janvier 21, 2013 21:46

La couleur qui n’existe pas (suite d’« Un étrange déjeuner »)

(Suite d’ « Un étrange déjeuner »)

Un jour, entre les deux fêtes de fin d’année, je suis parti accompagner un groupe d’amis à l’ilet Tintamarre afin de leur faire découvrir ce site magnifique avec ses falaises d’argile, ses jacuzzis naturels ainsi que des grottes terrestres et sous marines qui s’y trouvent.

Apres avoir campé la veille sur le coté public, nous partons tôt le matin pour l’autre extrémité de ce charmant ilet.

Arrivés aux falaises, nous descendons vers la grève de galets, encombrée de déchets rejetés par la mer. Je me mets tout de suite en quête d’un récipient pour ramasser de la poudre d’argile qui s’effrite au pied des excavations naturelles, dans le but de nous préparer un bon bain d’argile. Tout de suite je trouve un conglomérat de plastique et, ou, de corde en nylon fondu, de forme étrange. Cela ressemble à une petite stèle de style Maya et on y distingue en son centre des circonvolutions, et une tête ; de plus la forme générale ressemble à une sorte de cœur. Waouh… !!! Me dis-je en moi même, je viens de trouver la suite du calendrier Maya. Cela fera une bonne blague à diffuser sur le mur de mon Face book, comme je l’affectionne. Je montre ma trouvaille à mes amis. Ils conviennent tous que la ressemblance est frappante. Si ce n’était du plastique, la pièce serait probablement une relique archéologique.

Bon ! Nous passons la journée à jouer aux hommes d’argile, puis nous nous baignons dans le jacuzzi naturel où les vagues en passant sur un plateau rocheux, nous brassent avec force. Nous crapahutons ensuite dans les petites grottes du haut des falaises. Tout en profitant allègrement de cette espace naturel et sauvage, ainsi que de la compagnie de mes charmants amis, je repense à cet étrange déjeuner. Je n’en ai parlé à personne pour l’instant, car le mystère est trop grand pour moi à ce jour. J’attends d’ailleurs, encore les publications de ces dames, ne leur ayant pas encore fait part des déductions relatives à l’ensemble des naissances groupées au solstice d’hiver, ainsi qu’à ma découverte sur les initiales des enfants Indigo.

Plus tard chez moi, je prends en photo cette étrange « stèle maya » qui n’en est pas une, mais qui est assez spéciale, pour ressembler à un artéfact préhistorique. Elle tombe bien à propos dans ce contexte de « fin du monde 2012 ».

Tout en la diffusant avec un commentaire « Calendrier Maya 2, la suite… » Je réfléchis à tous ces signes du destin qui m’arrivent ces jours ci. Comment pourrais-je interpréter cette nouvelle découverte, hormis la blague qu’elle m’a inspirée.

Une bonne dizaine de jours se sont écoulés. Et me voilà devant ma feuille remplie de post-it, et cette incroyable coïncidence des initiales des prénoms de ces sept enfants qui donnent: Enfant indigo.

Alors je me remémore l’époque ou j’avais découvert l’existence de ces enfants hors du commun, et qui apparut dans ma vie il y a une vingtaine d’années. Je replonge dans le contexte, et relit sur internet les descriptions et analyses: « Enfant indigo, appelé également enfants des étoiles, de lumière, etc.… est une expression issue du courant New Age et désignant des enfants nés à partir de la fin du XXème siècle qui possèdent des aptitudes psychologiques et spirituelles particulières, et sont destinés à l’instauration d’une nouvelle ère. Leur mission étant de guider l’humanité nouvelle. Ce concept a été reformulé par Nancy Tappe au début des années 1980 puis est devenu le thème central de certains ouvrages des auteurs américains Lee Caroll et Jan Tober.

Ces enfants sont venus au monde avec une mission précise pour guider l’humanité mais aussi amener au monde plus d’amour et de compassion. Les enfants Indigo sont souvent présentés comme étant surdoués, ils ont du mal à s’adapter à notre monde, à l’éducation telle qu’elle est pratiquée dans nos sociétés occidentales. Ils ont des comportements hyperactifs, inadaptés, et sont nombreux à être en échec scolaire. La société actuelle, freine leur développement harmonieux… »

Je referme le net, ayant déjà lu des livres sur ce sujet. Il me revient à l’esprit toutes ces émotions quand j’avais découvert que j’en faisais partie, après avoir réalisé que toutes ces descriptions me concernaient pleinement.

Une boule d’émotion me remonte à la gorge, et je pense que nous, première génération d’Indigo, n’avons pas eu la vie facile. Comme les analyses ci-dessus le mentionnent, nous manquions d’une certaine reconnaissance. Nos parents ne nous comprenaient pas, et ne savaient pas comment s’y prendre. Je me dis que ces nouveaux venus doivent impérativement bénéficier de nos expériences.

Du coup, je me sens très concerné par l’arrivée de ces nouveau-nés. Ayant fait partie de la première génération, je revendique intérieurement mon rôle de « tuteur » pour ces jeunes « élus ». Comme toute évolution en ce monde, ceux ci doivent être particulièrement « armés » pour l’avenir de notre société, si mes déductions relatives à l’incroyable synchronicité de leur naissance et de leur prénom se confirment. Il ne faudrait pas recommencer les mêmes erreurs. Les nouveaux venus doivent être impérativement entourés de reconnaissance et d’amour, et ce, dès le début de leur vie. Quoiqu’ils fassent qui pourrait nous paraître décalé ou incongru ils ont énormément à nous apprendre. Les premières personnes qu’il va falloir informer, et influer, sont leurs parents ou tuteurs.

Sur ce je reprends le fil des contacts, et commence à m’intéresser aux parents. Jusque là, ma recherche était focalisée sur l’incroyable coïncidence de leur naissance. Maintenant que je réalise pleinement l’importance du phénomène, il me semble évident que mon rôle est devenu crucial.

J’ouvre Face Book, et, coïncidence, comme tout ce qui m’arrive en ce moment, la première publication qui apparaît à l’écran, est celle d’un enfant qui baigne dans un bassin, encore relié par son cordon ombilical à sa mère. Je regarde l’origine de la photo, elle émane de Dominique, la retardataire du déjeuner, thérapeute en Watsu.

Bien évidemment, pour quelqu’un qui pratique des soins dans le milieu aquatique, quoi de plus naturel que de donner la vie dans l’eau. Octave, démarre donc sa vie terrestre, en passant par une transition aquatique, aérienne puis terrestre en douceur. Pas de choc natal, suspendu par les pieds et criant à la première inspiration qui décolle les poumons d’un seul coup, dans une souffrance qui imprime un traumatisme dès l’entrée dans la vie.

Tout en douceur donc pour ce petit bout. Ca commence bien, cette Dominique fait les choses correctement.

Espérons que les autres auront su faire de même, ou en tout cas avec beaucoup d’amour.

Je regarde l’album avec de l’affection pour ce nouveau né, un peu comme s’il était mon fils spirituel.

Je cherche maintenant à en savoir plus sur les autres mères. Je tombe assez rapidement sur Geneviève, qui bataille durement pour avoir plus de nouvelles de sa petite Eugénie, la petite Haïtienne, de l’orphelinat.

Elle raconte succinctement ses difficultés à obtenir des informations sur l’enfant au travers de l’orphelinat. Connaissant moi même Haïti, pour y avoir vécu, je ne doute pas une seconde des problèmes liés à la situation plus ou moins chaotique de ce pays.

Je décide de lui écrire, et de lui apporter mon soutien si elle le désire. Je lui envoie un message assez bref, lui expliquant que je connais bien Haïti pour y avoir vécu.

Je cherche encore un peu. A part les premiers avis de naissance de l’ensemble des enfants indigo, et la publication de Dominique, je n’en trouve qu’une seule autre : celle de Marie Alice, l’anglaise « lady Blue » qui nous fait partager des photos de sa poupée : Naty, une adorable petite fille toute menue, et reflétant déjà une grande sagesse. Superbe, j’adore !

Pour les autres, statut quo pour l’instant. Je ne désespère pas d’en apprendre plus tard sur les débuts de vie de la petite compagnie.

Alors je réfléchis à une stratégie qui me permettrait de nouer de solides liens avec les parents dont je ne connais pour l’instant que les mères, et ce dans l’unique souvenir d’un déjeuner assez particulier.

Je décide d’envoyer une lettre assez simple à chacune d’elles, afin de savoir si elles ont communiquées entre elles depuis nos reconnections. Je ne parle pas de mes trouvailles pour l’instant, et reste très courtois dans l’espoir de rester en contact.

En me réveillant le lendemain, je trouve un message de Geneviève, qui apprécie mon offre, et me demande si je connais quelques adresses en Haïti, car elle va y aller la semaine prochaine pour y retrouver sa petite protégée. Elle me dit que l’enfant sera à Camp Perrin. Incroyable !!! Je connais bien Camp Perrin, pour y avoir travaillé à l’époque, et j’y ai toujours gardé d’excellents contacts.

D’ailleurs juste après le terrible séisme de 2010, j’avais renoué avec pas mal d’anciens amis Haïtiens. Enthousiaste, je lui réponds illico que : oui ! Et lui demande de me donner un numéro de téléphone, ou un contact skype. Chose qu’elle me fait parvenir le midi même. Elle est en ce moment à Moorea en Polynésie française, et je reçois son appel 5 minutes à peine après avoir ouvert l’ordinateur.

C’est la première personne, à part Serge, avec qui je converse depuis ce fameux diner. Très contente de voir que je m’intéresse à son cas, nous échangeons d’abord nos souvenirs relatifs au mystère de ce déjeuner. Ensuite je lui parle de l’Haïti que je connais, et de mes amis de Camp Perrin. Elle me raconte ensuite sa décision de parrainer un enfant, et son sens de l’aide humanitaire. Je la sens prête à débattre sur les questions qui me préoccupent.

Finalement je lui fais part de mes trouvailles sur les initiales des enfants. Elle est assez spirituelle, et s’emballe vite. Nous conversons une bonne heure.

Cela démarre bien. Pour le seul enfant adopté, qui doit être particulier dans ce groupe pour être d’une part issus d’un pays pauvre comme Haïti, et orphelin de surcroit, que sa mère adoptive soit également une personne éclairé me rassure. Sur ce, je vais me coucher et de belles pensées amorcent mes rêves de la nuit m’emportant dans mes années haïtiennes. Au réveil le lendemain matin, il me paraît évident que je dois aller faire un tour en Haïti.

Durant la journée je mets un peu d’ordre dans mes activités, et cherche une fenêtre dans mon planning pour rejoindre Geneviève là bas.

Cela fait plus de vingt ans que je ne suis pas revenu en Haïti!

Le lendemain j’arrive finalement à en savoir encore un peu plus sur deux des autres enfants : Gys la petite fille de Maité l’eurasienne de St Barth, et Isidore le garçon de « Lady Green Onusienne » Valérie la Canadienne.

Toutes ces informations proviennent évidement de Face Book pour l’instant.

Gys est une petite métisse très jolie ; en regardant bien les photos, je la vois dans les bras d’Abdoulaye, le marin africain. Serait-il le père ? Rien ne l’indique, mais au vu du métissage, et de leurs résidences respectives à St Barth, il y a de fortes probabilités. Je me souviens qu’ils étaient voisins de table lors du diner.

Et puis j’ouvre la page de Valérie sur un album qui s’intitule « Isidore tu dors » où dans la majorité des photos, l’enfant bien dodu, dort avec une expression de béatitude. Il ressemble à un petit bouddha. Je cherche un peu plus du coté des parents, et découvre une famille assez équilibrée et moderne, en ce sens que c’est plutôt le père qui est l’homme au foyer, Valérie a l’air d’être la travailleuse. Etant employée de l’Onu, son salaire doit être suffisant pour le couple.

Tout cela se présente bien pour la compagnie Indigo. Il ne me reste qu’à trouver les deux derniers : l’enfant d’Anouchka et celui de Sara. Mais là, pas de diffusion pour l’instant sur le lien social.

Je me concentre sur le voyage en Haïti car je pars samedi prochain avec Insel Air. J’envois un message à mes amis de Port-au-Prince, et à ceux de Camp Perrin. Un autre ami maçon vivant à Saint Martin me propose sa voiture sur place. Cool ! J’ai beaucoup de chance. On dirait que tout me pousse à aller de l’avant dans cette nouvelle quête.

Samedi quinze heures, me voilà atterrissant à l’aéroport de Toussaint Louverture. Je retrouve la foule, les odeurs, les couleurs, et la multitude de petites choses qui caractérisent ce pays magnifique.

Petite escale à Pétion ville pour le weekend ; je suis reçu comme un prince, n’est ce pas Le Port-au-Prince ! Je retrouve mes amis avec beaucoup de plaisir. L’accueil est plus que chaleureux, et j’aime cette nonchalance caractéristique des Antilles qui est ici intemporel ; le reste du monde accélère sans cesse, mais Haïti est hors du temps, rien ne change vraiment. Puis le lundi je prends la route du Sud, Geneviève doit être déjà là-bas. Pas de possibilité de communiquer, je n’ai qu’un rendez vous sur place, au dispensaire de Camp Perrin où j’arrive en milieu d’après midi.

Je la trouve assise en train de donner un biberon à sa protégée. Quel contraste ! Cette dame aux allures de femme du monde hyper riche, assise là, sur un petit banc en bois, dans un coin de terrasse de cette case ou rien n’est d’équerre ou d’aplomb, mais tout tellement harmonieux, au fin fond de cette campagne Haïtienne.

Elle a l’air très heureuse. Eugénie est une petite boule de suie, avec de grands yeux blancs et profonds qui ne laissent aucun doute sur sa forte personnalité.

Et puis d’un coup j’aperçois une espèce de médaillon attaché au drapé du vêtement du bébé. Je m’approche et remarque aussitôt l’étrange similitude avec le conglomérât en plastique fondu que j’ai trouvé l’autre jour à l’ilet Tintamarre.

« Vous permettez Geneviève ? » Lui dis-je en prenant l’objet.

« Faites.. »

Il s’agit d’une petite pierre sculptée apparemment ancienne, de style « Zémi » (les zémis sont des artefacts précolombiens, Tainos pour Haïti, et représentent des divinités protectrices.) pratiquement identique, à part la taille et la matière, à mon « calendrier Maya » et si ma mémoire est bonne, en forme de cœur, avec une figure centrale.

Je demande à Geneviève d’ou vient cette relique. Elle me répond qu’elle n’en sait rien pour l’instant, et que la femme qui est en charge du nouveau né, a demandé à ce que l’on n’égare pas ce pendentif. Comme on ne peut le mettre autour du cou de l’enfant, il doit rester attaché à son lange.

Incroyable ! Revoilà les étranges circonstances qui reviennent.

J’explique à Geneviève la similitude des deux objets, celui issu d’un ou de plusieurs morceaux de plastique probablement fondus au soleil et rejeté par la mer, que j’ai trouvé en fin d’année et provenant de notre société de consommation, et cette «relique» d’un autre âge, en tout cas pour ce que je connais des artefacts précolombiens. Les deux en apparence identique de forme et de dessins, hormis la taille, la matière et l’âge.

« Peut-on en savoir plus sur la raison de ce « talisman » attaché au nouveau né? Peut être que la femme en charge du bébé sait quelque chose ? »

« Elle est là ! » Me dit Geneviève, qui l’appelle aussitôt.

« Mercida, pouvez vous venir ? S’il vous plait ! »

Une femme âgée apparaît alors sur le perron.

« oui manzé ! nou fini ak ti bibwon!! » …le biberon est fini?

Je salue cette femme et lui parle en créole, car, me dit Geneviève, elle ne comprend pratiquement pas le français.

« nou tap rinmin koné coté ti fi ca a soti? » je lui demande d’où vient cette petite orpheline ?

385341 10200354041751310 201373569 nElle me répond que sa mère est originaire des hauts plateaux de Formont au pied du pic Macaya, et qu’elle est décédée lors de l’accouchement ; quand au père de l’enfant, il est inconnu. Chose étrange pour moi, car ce n’est pas dans les coutumes Haïtiennes de renier son enfant.

Bon je lui demande si elle sait quelque chose au sujet du pendentif ? Elle me dit que l’homme qui lui a confié le nouveau né est un ouangan (prêtre cérémoniel des rites vaudou) de Formont, et qu’il a fortement insisté pour que cette petite fille ne se sépare jamais de son Zémi. Voilà qui explique en tout cas pour moi la raison de l’abandon du père. Il s’agit certainement d’un être sacré pour être protégé de la sorte. Et peu être que le père ne se sentait pas à la hauteur de cette Ame.

Formont ! Que de souvenirs ; j’y ai travaillé dans les années 80 et me souviens de ce magnifique plateau au pied du pic Macaya, plus haut pic d’Haïti très escarpé, dernier bastion de forêt primaire. Un endroit loin du monde et très mystique. Voilà le berceau de notre Eugénie, enfant miraculée, et protégée des dieux Tainos et Vaudou.

J’en ai la chair de poule. Je prends une série de photo, de l’enfant et du zémi, tout en essayant de ne pas trop l’éloigner de la petite Eugénie. Puis tout en conversant, je partage avec Geneviève mes connaissances de la région ; hasard encore une fois extraordinaire pour moi, de toutes ces corrélations de mon vécu, de mes recherches sur les peuples premiers, et des études que j’ai effectuées sur la société Haïtienne, sur le vaudou et ses sociétés secrètes.

Nous bavardons un peu. Elle ne pourra pas emmener l’enfant, et je l’aide à trouver une famille d’accueil. Elle payera tous les frais, et viendra régulièrement ici. Jusqu’à l’adolescence, Eugénie devra rester dans sa famille d’adoption, ensuite elle pourra aller faire toutes sortes d’études là où ce sera le mieux pour elle.

Finalement, c’est un couple de mes amis, Joceline et Johnny qui travaillaient avec moi à l’époque pour le même projet, qui la prenne en charge. Leur statut va changer également, car avec l’aide financière qu’apporte Geneviève, ils vont pouvoir créer un orphelinat sur place.

Ainsi encore une fois le démarrage dans la vie de chacun des êtres de cette équipée Indigo se déroule dans les meilleures conditions.

Le séjour à Camp Perrin, a été riche en enseignements. Puis c’est le retour à Port-au-Prince.

Je rentre finalement à St Martin après une semaine totalement décalée et magique, comme toujours avec Haïti.

Et puis il me reste maintenant à trouver les deux derniers enfants, je n’ai pas consulté le net depuis une semaine, et m’y replonge à peine rentré chez moi. Toujours rien !

Mais j’y pense, je peux essayer de retrouver ces deux la en direct, car si je me souviens bien, Sara avait un étal sur le marché de Marigot, et Anouchka travaillait du coté hollandais de l’ile.

Je pars dès le lendemain au marché artisanal de Marigot, y trouve une ancienne amie foraine. Je lui demande alors si elle connaît une brésilienne du nom de Sara qui vend des bijoux ? En effet, elle a un stand, mais depuis son accouchement, c’est Pedro son copain qui le tient à sa place. Je vais à sa rencontre. Après m’être intéressé à l’étal des bijoux et aux divers objets artisanaux faits en noix du brésil, je le félicite pour l’arrivée de Dora. Surpris d’abord, il me demande qui je suis ? Je me présente alors comme une connaissance de Sara. Fort sympathique, il me remercie avec un large sourire. Encore une belle rencontre, qui présage d’un bon départ pour la vie de Dora.

Ils habitent sur une tapouille, bateau typiquement brésilien, et sont ancrés dans le lagon du coté du Mont Fortune. Bon ! Avec son accord, j’irais leur rendre visite dimanche, d’un coup de kayak.

Il me reste Anouchka. Elle doit travailler dans une boite de nuit, et cela est difficile pour moi, car je ne suis pas un accoutumé de ces endroits que je considère comme malsains, en tout cas particulièrement pour ceux de ce coté de l’ile. Alors j’appelle Serge en Guadeloupe, lui qui l’avait rencontré le lendemain du déjeuner. Je lui demande dans quelle discothèque il l’avait retrouvé. C’était au « Bada Bing » à Simpson Bay. Je décide d’y aller vers dix huit heures, ils seront sans doute ouverts pour la mise en place, et cela m’évitera de me retrouver en soirée dans l’ambiance nocturne.

Je me rapproche du bar, et demande a une jeune femme occupée à faire sa mise en place, s’il elle connaît une certaine Anouchka qui travaille ici : la serveuse me regarde étonnée et me dit ne pas connaître toutes les filles qui passent ici. Elle me dit d’attendre et appelle avec un téléphone interne. J’aperçois alors une camera au dessus du bar.

« Vous pouvez monter et aller au fond du couloir, la porte du fond » me répond-elle.

Ok ! Je monte, frappe à la porte et une voix m’invite à rentrer.

« Que puis-je faire pour vous? » Me demande un homme gominé d’un certain âge, en tenue de soirée.

Je lui explique que je voudrais voir Anouchka et la féliciter pour son enfant. Il me regarde suspicieux, et me demande si j’en suis le père? Je lui réponds que non, qu’elle est juste une amie, sans lui donner plus d’explication. Il m’observe encore un moment, puis me dit :

« Cher monsieur, il y a longtemps qu’Anouchka nous a quittés, dès que je me suis rendu compte de sa grossesse, j’ai du interrompre son contrat ».

« Est-elle toujours sur l’ile? »

« Ça je n’en sais rien ! » me répond-il.

J’aurais du mal à en savoir davantage avec cet homme, aussi j’écourte l’entretien, et redescend l’escalier. Un homme qui faisait un peu de jardinage devant le hall quand je suis arrivé tout à l’heure, s’approche de moi au moment ou je sors du bâtiment :

«Hé… m’sieur !» me lance t’il, je m’approche alors de lui

«Vous cherchez Anouchka ? Je sais où elle est…»

Il dit me connaître, car il habite Grand Case, pas très loin de chez moi.

« Elle habite, dans une villa des Terres Basses… » (Un quartier de villégiature de l’ile)

«… Avec le père de son bébé, un habitué de la boite, fils d’un homme d’affaire américain ».

« Connaissez-vous son nom, et le n° de la villa.. ? »

Il me dit que non, mais que la famille possède un yacht du nom de « Joly Roger » sur le dock yard de Simpson Bay.

Bon voilà une piste ! Je le remercie, et lui souhaite une radieuse journée.

Je suis tout près de Simpson Bay. La nuit est à peine tombée, je me gare sur le parking de la marina, et me dirige vers les quais. C’est la haute saison touristique, les maxi yachts rivalisent en taille, en luxe et en faste.

Finalement, je trouve le Joly Roger, assez modeste par rapport à ses voisins, mais tout de même assez conséquent. C’est un cabin-cruiser de 15 mètres assez classique. J’y aperçois un marin s’activant dans la timonerie ouverte face aux quais. Je l’interpelle

« Bonsoir ! Connaissez-vous une dame du nom d’Anouchka… ?

Il me regarde interrogateur,

« Qui êtes vous? »

« Simplement un ami ! » je lui réponds.

Il tient à en savoir plus. Bon je me lance :

« En fait, nous nous sommes rencontrés à St Barth lors d’un déjeuner en avril dernier, et j’ai appris qu’elle avait donné naissance à un petit garçon du nom d’Igor… »

Je vois ces sourcils se froncer

« J’étais venu la féliciter pour cet évènement »

Une idée me traverse l’esprit : il doit être son copain, le fils du propriétaire, et j’ai le sentiment qu’il me suspecte d’être le père de l’enfant. Sur ce une silhouette apparaît à l’intérieur du carré, et Anouchka franchit la baie vitrée avec son bébé dans les bras. C’est à peine si elle me reconnaît. Cela a l’air de rassurer notre marin

« Connais-tu cet homme ? » lui demande t’il.

Elle me regarde attentivement puis se souvient de moi

« Oui.. !! Oui, le repas à St Barth ! Qu’est ce que c’était au fait ?» me demande-t-elle, tout en berçant l’enfant tendrement.

Je la trouve plus légère que lors du déjeuner, plus épanouie. Finalement je leur raconte un peu ma quête, et le mystère entourant cet étrange déjeuner/rencontre. L’homme est le fils du propriétaire du yacht, et le tout récent mari d’Anouchka, mais il n’est apparemment pas le père de l’enfant ; cela étant le fruit de ma déduction !

Ils ont décidé de se lancer dans le charter de luxe. Profitant des avantages du bateau et de la villa des Terres Basses, que le père de Boby, leur ont laissés en charge. Heureux contact comme toujours maintenant, chaque rencontre s’effectue avec une bonne conclusion. Je les quitte, rassuré, et en bon terme ; un homme qui accepte d’élever un enfant qui n’est pas le sien, est surement bon. Ils m’invitent à repasser un jour prochain, quand la saison sera plus calme.

Le dimanche suivant, je pars faire un tour en kayak du coté du lagon de Simpson Bay. En général, j’aime plutôt pagayer hors zone urbaine, mais c’est l’occasion de voir un peu les évolutions de cet endroit bien fréquenté maintenant, et puis de voir ce nouveau pont impressionnant qu’il construise en travers du lagon.

Je me dirige vers le Mont Fortune, et remarque assez vite la silhouette très typique de la tapouille de mon nouvel ami brésilien. Celle ci est très joliment peinte aux couleurs rasta. Je m’approche, une annexe en bois et à voile y est amarrée. Je trouve le jeune couple en train de s’activer dans la cuisine ouverte sur l’arrière du bateau. Pedro me fait signe, et m’offre de monter à bord et de boire un thé avec eux. La petite Dora bien emmitouflée dans un hamac est éveillée, et m’offre un très beau sourire. Je suis sous le charme.

Pedro s’intéresse à mon surf ski kayak, je lui propose alors de l’essayer. Il y va immédiatement et je m’amuse de le voir faire de terribles efforts pour ne pas chavirer.

Nous sympathisons. Sara a l’air très heureuse avec sa petite Dora. Je les laisse après une bonne heure d’échange et de conversations amicales.

Voilà, j’ai terminé mes investigations, toutes les nouvelles familles sont très positives. Je vois qu’il sera facile maintenant de rester en contact avec toutes.

J’ai réussi à devenir une sorte de Soul Brother, il me faudra maintenir les échanges. Et puis rencontrer ceux avec qui je ne suis qu’en connexion virtuel pour l’instant.

Déjà une idée me vient à l’esprit. Je dois élaborer un plan pour les réunir tous un jour, peut être à la date anniversaire des naissances, ici ou à St Barth. Mais j’ai encore un peu de temps devant moi.

Je me replonge dans mon « calendrier Maya » de plastique. J’ai travaillé une photo du Zémi d’Eugénie et en imprime une. La similitude est incroyable. J’étudie ce nouveau mystère. Je repense également au déjeuner, aux comptes bloqués puis débloqués à la seconde de la naissance simultanée des enfants devenus indigo par les choix tout aussi mystérieux de leurs prénoms. J’étais tellement pris ces derniers temps dans l’euphorie de la recherche de cette équipe Indigo, que j’en avais presque oublié toute cette histoire.

Difficile en effet de trouver un lien. D’un coté une manipulation qui fait penser à une machination des états dirigeants dans un monde en pleine mutation ? Et de l’autre, l’aspect mystique des corrélations de la naissance collective au solstice d’hiver, ainsi que ces découvertes antagonistes du zémi d’Haïti et de la fausse stèle de Tintamarre. Et de plus dans un contexte de fin du monde, et de renouveau de cycle Maya. Sommes-nous manipulés malgré nous par une force, une destinée qui dépasse notre entendement humain, au-delà de la sphère planétaire ? Qu’en est il des Mayas ? Car beaucoup d’éléments tournent en leur faveur. Tout cela défile dans ma tête, mais une intuition me dit que tout va bien, si je me réfère aux derniers évènements, je me sens à la fois protecteur et protégé dans ma nouvelle destinée. Je n’ai qu’à observer les signes qui se présentent sur ma route, et agir en fonction de mes intuitions, surtout si elles sont nobles, ce que je m’efforce de respecter.

Nous somme fin janvier 2013, l’ensemble de la planète a repris sa frénésie « démocratique guerrière et médiatique», et on en a presque ou pour ainsi dire totalement fini avec le passage à la nouvelle ère. Si ce n’était ma préoccupation pour ces nouveaux nés, et cette nouvelle fonction qui paraît être mienne, je n’aurais sans doute pas été aussi sensible aux changements très subtils que j’observe maintenant.

Je suis assis sur ma terrasse, et en regardant cette fin d’après midi de janvier s’étirer vers le crépuscule, j’observe l’espace très lumineux, comme il l’est depuis ces derniers jours. Aujourd’hui, je pressens comme une espèce de pureté, une limpidité de l’air, la visibilité de ces derniers jours est extrême. Une combinaison de couleurs fortes, dont le rouge et le bleu prédominent, est à l’œuvre. Quasiment primaire : cyan et magenta. Je les retrouve aussi dans la tendance actuelle, ainsi que dans le paysage urbain, et les drapeaux de tous nos pays dirigeants.

Ces couleurs sont aujourd’hui plus éclatantes avec une lumière exceptionnelle, elles m’impressionnent fortement.

De tout temps les couleurs ont influencé le monde. En réfléchissant à leurs symboliques, évidement je fais le rapprochement avec mes sept enfants Indigo et les sept couleurs de l’arc en ciel, qui se terminent par le violet : l’Indigo. La combinaison de ces deux couleurs prédominantes, le rouge et le bleu, donne le violet, l’indigo par excellence. Elles sont très représentatives de l’état du moment. Associant le rouge au sang, au feu, à la révolution, alors que le bleu est l’esprit du calme, de l’eau, de la méditation, celui qui éteint le feu. Leur combinaison aboutissant au violet, couleur de la douceur, du rêve, de la mélancolie, de la solitude, du spirituel, je ne peux m’empêcher d’imaginer un passage vers une nouvelle ère. En cette période où nous vivons un monde sanguinaire avec d’un coté la politique des états guerriers, et de l’autre, la recherche de la sagesse par un plus grand nombre de gens de tout peuple confondu, comme deux antagonismes.

Alors les sept couleurs de l’arc en ciel, qui tendent dans une de ses extrémités vers l’indigo, pourraient être observées par nos jeunes enfants avec une perception encore plus développée. Le soleil révélant par son spectre les couleurs matérielles, visibles dans cette sphère physique par la majorité du monde, sont dépassées aujourd’hui. En allant au delà de l’indigo, et en apportant l’éveil, la connaissance et la notion spirituelle, cette nouvelle « couleur » révélée par la lumière pure ne peut être que le Blanc, la couleur qui n’existe pas. Nous étions les enfants indigo, mes sept protégés sont devenus Enfants de Lumière.

Epilogue :

Quand j’ai commencé à écrire cette nouvelle, je ne savais pas vraiment ou j’allais, j’ai suivis comme toujours mes intuitions, et suis parti directement sur la description d’un rêve que j’avais eu lors d’un voyage au Chili en janvier 2012.

Je rentrais comme vous, chers lecteurs, dans une succession de suspens, et au fur et à mesure de l’écriture, tout en cherchant la façon dont je pourrais passer des messages, je me suis laissé aller au suspens. Je dois avouer que je suis resté un moment bloqué sans savoir si je devais rentrer dans un feuilleton classique, et bassement matérialiste, avec une intrigue sur la manipulation par l’intermédiaires des liens sociaux ; et puis, petit à petit, et grâce à la découverte du « plastique de Tintamarre », s’est profilé une suite plus élevée, car cela me gênait de rester avec un complot d’état. Mon intention première est de toujours faire réfléchir aux avancées de notre société. Alors évidemment cette deuxième partie est moins remplie de suspense, mais plutôt de bonnes intentions pour laisser entrevoir, dans un monde en pleine mutation, un magnifique espoir d’un renouveau naissant.

FIN

Charli, La Savane Janvier 2013

Prochainement Un grand roman d’aventure (en trois tomes) dont le premier volume paraîtra par épisode. Vous y retrouverez certains des personnages de cette nouvelle.

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Charli ETCHEGOYEN
Par Charli ETCHEGOYEN janvier 21, 2013 21:46