Merkel punie pour sa politique d’austérité aux élections régionales

F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 14 Mai 2012 21:53

Merkel punie pour sa politique d’austérité aux élections régionales

L'opposition fédérale sociale-démocrate (SPD), critique de la politique d'austérité d'Angela Merkel, a conservé l'État régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. © Odd Andersen / AFP

L’échec électoral du CDU affaiblit la chancelière, dont le plan d’austérité reste toutefois très populaire, selon les experts.

L’autorité de la chancelière Angela Merkel en Europe sort affaiblie de la débâcle électorale subie dimanche par son parti dans le plus grand État régional d’Allemagne. Son parti conservateur (CDU) a en effet enregistré dimanche son plus mauvais score historique, avec 26,3 % des voix en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, État industriellement puissant et qui compte 18 millions d’habitants. Avec 39,1 % des suffrages, le SPD (sociaux-démocrates) dispose ainsi d’une confortable majorité pour gouverner avec les Verts (11,3 %).

Le large succès SPD renforce donc l’opposition de gauche qui réclame une inflexion de la politique d’austérité de la chancelière conservatrice. Déjà confrontée à la pression en ce sens de membres de la zone euro, notamment de la part du nouveau président français François Hollande, Mme Merkel se trouve « prise en étau », estime le politologue Peter Lösche, de l’Université de Göttingen. « C’est très désagréable pour Mme Merkel, une défaite aussi nette », reconnaît pour sa part Gerd Langguth, professeur à l’Université de Bonn. Avant l’élection, Angela Merkel avait tenté de limiter les conséquences d’un échec en recadrant le candidat CDU, le ministre de l’Environnement Norbert Röttgen, qui voulait transformer ce scrutin régional en référendum sur la politique européenne de la chancelière. « Mais cette idée existe bel et bien » dans l’opinion, avance Gero Neugebauer, chercheur à l’Université libre de Berlin. « C’est un rude coup » qui est porté à Mme Merkel, juge aussi Jürgen Falter, professeur de sciences politiques à l’Université de Mayence, avant d’ajouter : « Elle apparaît comme la vaincue. »

Toutefois, les observateurs sont unanimes pour rappeler la résistance politique de Mme Merkel, fondée sur son pragmatisme et sa flexibilité. « Je vais entamer le dialogue avec les partis d’opposition » sur le traité européen de discipline budgétaire, a ainsi souligné Mme Merkel, évoquant aussi sa rencontre aujourd’hui avec François Hollande, comme pour entretenir l’idée d’un compromis à venir. « Nous verrons bien quelles sont les attentes », a-t-elle ajouté.
Angela Merkel est confrontée à des négociations délicates avec les Verts et les sociaux-démocrates sur la ratification du pacte budgétaire par le Parlement allemand, et celle-ci nécessite une majorité des deux tiers inatteignable sans les voix de l’opposition. Le SPD et les Verts réclament l’instauration d’une taxe sur les transactions financières et des mesures de soutien à la croissance, à l’image de celles de M. Hollande, en échange de leurs voix.

Quant aux prochaines élections législatives allemandes, prévues à l’automne 2013, la chancelière allemande s’est dit « sereine ». « Les gens savaient (dimanche) qu’il s’agissait d’une élection régionale, que ce n’était pas moi qui me présentais », a-t-elle souligné. Jusqu’ici, le SPD reste loin de la CDU dans les intentions de vote au niveau fédéral et la politique d’austérité de la chancelière reste très populaire au sein d’une large majorité d’Allemands. « Les choses sont devenues plus difficiles pour Mme Merkel, mais elle sort le plus souvent grandie des situations délicates », rappelle M. Neugebauer. « Je vous prédis qu’elle saura se tirer de cette défaite sans dommage, comme elle avait su sortir intacte de la défaite en Bade-Wurtemberg », perdu en mars 2011 par la CDU après plus de 50 ans de pouvoir ininterrompu, affirme Gerd Langguth, auteur d’une biographie de la chancelière.

(Source : AFP)

F. LETUVEE
Par F. LETUVEE 14 Mai 2012 21:53