LA SEMSAMAR (Par un Nul et Pour les Nuls)

Dom
Par Dom août 17, 2015 17:08

LA SEMSAMAR  (Par un Nul et Pour les Nuls)

Au début des années 1990 un chasseur de tête parisien avait pour mission de recruter des cadres afin de constituer une équipe « choc » destinée à redresser une société (en déconfiture) de construction/gestion de logements sociaux en GUADELOUPE.

A cette occasion j’avais été approché pour un poste de « Directeur opérationnel » ou « Directeur du développement », je ne sais plus.
L’affaire ne s’est pas faite, mes prétentions ayant été mal comprises… (Entre nous, si tu veux reconstruire le PSG ou l’OM, tu commences par payer les recrus)

25 ans plus tard j’ai essayé d’identifier cette société, en vain…

Récemment un ami m’a suggéré le nom de la SEMSAMAR… J’ai jeté un coup d’œil rapide sur cette SEM :

IMPOSSIBLE,  la Semsamar n’a jamais été en déconfiture… BIEN AU CONTRAIRE !

J’ai évidemment très vite abouti à cette conclusion. Mais, chemin faisant, je me suis intéressé à cette SEM, et même (un peu) passionné tellement cette structure était différente de tout ce que j’avais connu dans ce domaine…Je me croyais blasé, je croyais en connaître un rayon sur ce sujet…

Alors là, voilà l’Exception !

Et me voilà étudiant sur le Net, les articles de journaux, les interviews, une synthèse émanant des Chambres des Comptes, un rapport de la Milos (Miilos) que je n’ai pas pu voir mais largement commenté, des mises en examen, et encore des articles de presse…. UN VRAI BORDEL (pardon)

les-ppp-pour-les-nuls-849x1024D’ABORD QUELQUES QUESTIONS SIMPLES
1 – Comment une maman aussi frêle, aussi mince (La Commune de SXM, à l’époque), a-t-elle pu enfanter un aussi gros bébé (La Semsamar) ?
2 – Comment cette société (Semsamar) à vocation essentiellement sociale, dont les clients premiers sont les plus défavorisés d’entre nous, a-t-elle pu prospérer au point d’avoir (parfois) l’attitude d’un banquier condescendant auprès de ses « donneurs d’ordres » ?
3 – Comment les cadres de cette Sem ont-ils pu percevoir des rémunérations qui donnent  LE VERTIGE ? Question connexe, ces rémunérations étaient elles appropriées, justifiées, en un mot LÉGITIMES ?
La Miilos a donné une réponse sur ce point, réponse largement reprise et commentée dans la presse.

 
VERTIGES ?  PARLONS GRANDS VERTIGES – JE PROPOSE DE NOUS NOUS TRANSPORTIONS EN MÉTROPOLE
(Pour ces très grands vertiges, on change de catégorie, catégorie milliards !) Et d’observer quelques situations qui nous permettront de relativiser les débats.
 
VIVENDI (ex Générale des eaux), le plus grand vertige de toutes Stés commerciales.
La société qui allait « mieux que bien » selon le célèbre J2M, Jean Marie Messier.
En 2002, pertes cumulées = 23,3 milliards d’euros !!!

FRANCE TÉLÉCOM
En 2002, pertes cumulées  = 20,7 milliards d’euros !!!

DEXIA (Banque)
En 2011,  pertes cumulées = 11,6 milliards d’euros !!!
La liste est longue, donc j’abrège
Et pour éviter d’être sexiste, terminons par une dame :
Madame Anne Lauvergeon, épouse de monsieur Olivier…FRIC…
Et ex “pédégère” ou  “pédégette” d’ AREVA

AREVA
De 2001 à 2014, pertes cumulées  = 8 milliards d’euros !!!
Soit une moyenne de  + de 600 millions de perte par an durant ses 13 annés d’existence.
Madame Lauvergeon n’a jamais été mise en examen (quelle drôle d’idée ?!).
Madame Lauvergeon a quitté AREVA  avec un parachute doré de 1,5 million d’euros
Madame Lauvergeon a été promue officier de la légion d’honneur.

Quand on pense qu’on menace de retirer la nationalité française à des petits délinquants de quartier …

semsamar-site-internet
RETOUR DANS LES ILES
De mon temps, comme disent les vieux dont je suis, lorsqu’une Sté d’HLM parvenait à équilibrer ses comptes avec une gestion de « bon père de famille », on éprouvait du respect…
Dans cette catégorie on trouvait essentiellement des SA d’HLM (hors SEM), assez indépendantes des pouvoirs politiques.

Par contre les offices publics (OPHLM / OPAC) ainsi que les SEM communales souffraient de leur dépendance et de la pression politique. Cette pression s’exerçait tant au niveau de la « clientèle locative » qu’au niveau des personnels recrutés.
Comme une sorte de tenaille…
Ce constat s’observe tant chez les très grosses structures que chez les plus modestes.

La Semsamar aurait été créée dans 1 « placard », avec 1 bureau, 4 chaises et 1 téléphone en 1985…(dixit son créateur Monsieur Jean Paul Fischer).Très vite la Semsamar connaît développement et enrichissement.

semsamarCOMMENT ? ESSAI DE RÉPONSE
Dès sa création la Semsamar développe 3 activités principales :

1 — la construction sociale locative (qui va constituer son patrimoine)
2 — La promotion immobilière (qui bénéficie de la défiscalisation)
3 – Le mandat (délégation) de maîtrise d’ouvrage pour le compte de Saint Martin, à l’origine, puis d’autres collectivités par la suite.

Parmi ces 3 activités il semble probable que c’est l’activité promotion immobilière (grandement aidée par les lois de défiscalisation) qui a permis de réaliser les résultats qu’on connaît.

JPF s’enorgueillit d’avoir distribué des dividendes aux actionnaires, alors que beaucoup de SEM déposaient leur bilan après quelques années d’existence…
Effectivement, mais il faudra aussi se poser la question de la légitimité de cette distribution…On verra ça + loin.

Donc JPF crée une SEM à vocation multiple, et probablement  par un savant mélange des genres parvient à faire que chacune des activités participe à la réussite de l’ensemble en s’appuyant (financièrement) les unes sur les autres…

Illustration du propos par un exemple modeste et perso (désolé)

Je me souviens d’un contrôle de la Miilos (et oui…), au cours duquel un des inspecteurs nous reprochait de préfinancer des locaux commerciaux destinés à la vente (situés en pied d’immeuble) au moyen de l’enveloppe financières des logements sociaux des étages supérieurs…Il avait raison.
Mais je me souviens aussi avoir répondu que si une part du produit de la vente des commerces était réinjectée dans le bilan d’exploitation des logements de façon à minorer (par exemple) les emprunts destinés aux logements, ce préfinancement devenait, sinon légitime, astucieux et bénéfique pour la mission sociale qui était la notre.

Conclusion de la parenthèse, on faisait à la fois du social très social et un peu fric…

J’imagine que la Semsamar a usé et abusé de ces mélanges à très grande échelle. Ce qui lui a permis, non seulement de se constituer un des patrimoines les plus importants des Antilles, mais aussi de gagner beaucoup d‘argent, et enfin de le redistribuer sous diverses formes, parfois vers les collectivités (en devenant « banquier » de ces même collectivités, en manque de préfinancement), de préfinancer sur fonds propres ses opérations de promotions sans avoir besoin des banques (donc aucun frais bancaires imputés), de distribuer des dividendes aux actionnaires publics et privés, et accessoirement de rétribuer avantageusement ses directeurs (à hauteur de 10% des résultats).

Ce qui fait le particularisme de la Semsamar, c’est d’avoir développé (et parfaitement maitrisé) plusieurs métiers, avec un objectif commun, « la gagne », s‘appuyant probablement sur le financement social pas cher…et les promotions immobilières juteuses.

Les détracteurs appelleront cela « mélange des genres », confusion, et même « tripatouillage »…

232photoLes laudateurs diront SYNERGIE …
Question facile : Devinez où je me situe ? Réponse détaillée + loin.

Un point important que je n’ai vu abordé nulle part.

Que ce soit Jean Paul Fischer (JPF) ou son successeur, Madame Marie-Paule Bélénus-Romana (MPBR) il est évident que ces directeurs ont su constituer autour d’eux des équipes d’une rare compétence et d’une efficacité tout à fait exceptionnelle. Les résultats obtenus sont nécessairement ceux d’une organisation impeccable relayée par des équipes parfaitement adaptées à leurs missions.
Sur ce point je n’ai aucun doute.
Et ce point mérite d’être souligné car dans ces structures (Sem) la pression politique engendre souvent le recrutement de « bras cassés » à tous les niveaux. Et ces recrutements plombent très largement l’efficacité des équipes. C’est là un des avantages du privé sur le public.
Ceci précisé je dois dire que je n’ai pas bien compris comment fonctionne cette Sem, tant il semble que ses diverses fonctions soit + ou – filialisées…ou sous traitées, mais tout ça est secondaire.
L’important c’est la performance.
 
DE LA DISTRIBUTION DES DIVIDENDES
La question que je me suis posée est:
Est-il légitime de distribuer des dividendes alors que l’on sert une cause sociale ?

Au moins 3 niveaux de réponses

1 – S’agissant des résultats liés à l’activité « logement social » (à supposer qu’ils existent) la réponse est relativement simple: Je pense que la majeure partie de ces résultats doit profiter à la cause sociale que l‘on sert, comme indiqué dans mon exemple « modeste-perso ». J’ai bien précisé « à supposer qu’ils existent »
2 – S’agissant des résultats liés à l’activité « promotion immobilière », la réponse est encore plus simple: toutes les marges, toutes les redistributions (y. c. les rémunérations « VERTIGES ») sont parfaitement légitimes. Le but premier d’une opération de promotion immobilière est bien de « faire du fric ». Néanmoins encore, le secteur social de l’entreprise multi-activités peut (ou doit (?)) bénéficier d’une certaine péréquation qui relève, peut-être, du Politique. Mais qui contribuerait à minorer les marges, les dividendes et les rémunérations.
3 – S’agissant de résultats liés aux activités d’aménageurs ou mandat de maîtrise d’ouvrage, dans ce cas il n’y a pas de marge à proprement parler. Il s’agit plutôt d’honoraires.

040615-SEMSAMAREXAMEN – JUGEMENT – CONDAMNATION
Dans cette histoire de la Semsamar, la seule question qui intéresse les médias est celle des rémunérations « VERTIGES » de ses dirigeants.

C’est important, soit, mais ces rémunérations n’ont existé (ou n’existent) que parce que la Sem a fait (ou fait) des bénéfices.

J’ai évoqué le cas de ces entreprises qui engloutissent des milliards (voire des dizaines de milliards) (Areva, mais aussi Société Générale, Crédit Lyonnais, etc)
Il y a bien qques mise en examen, mais rarement des condamnations (à part Jérôme Kerviel, le lampiste).
Ces « grands patrons défaillants » (entreprises publiques ou privées dont le capital est détenu majoritairement par l’état et même entreprises du CAC 40) font l’objet de 2 condamnations:
1 – un parachute doré (pour service rendu (et fermer leur gueule))
2 – une décoration (légion d’honneur en général)

Dans ces conditions, de quel droit et comment condamner un patron qui a fait le « job » ? De quel droit et comment condamner un patron coupable d’avoir fait prospérer sa « boutique » ?

Il est plus facile d’être fonctionnaire à la Miilos que de piloter le navire Semsamar !

En partant de rien JPF a construit un beau navire de course. Personne ne l’ignore. Il a quitté + ou – « son » navire flamboyant en 2009, 25 ans plus tard.
MPBR a pris les commandes du navire en 2009.
Les commandes d’un grand et beau navire.
5 ans plus tard le navire est toujours aussi beau et vire en tête de la course.
Et pourtant 5 ans c’était largement suffisant pour couler le beau navire…

Alors ?

Il est de l’intérêt premier des actionnaires, la Collectivité Saint Martin en tête bien sûr, et ses habitants surtout, de particulièrement être attentif aux qualités de gestionnaire et de manager du commandant de bord du navire Semsamar, sans mégoter sur ses revenus, car, attention aux déboires en cas de naufrage !!!

Une entreprise même florissante reste toujours un colosse aux pieds d’argile.

(Le Titanic a coulé en qques heures en faisant 1500 victimes)
 
semsamarCONDAMNATIONS
Étant donné que l’on gratifie et décore les patrons-défaillants, que peux-ton proposer pour les patrons-gagnants de la Semsamar ?

1 – Au niveau moral, et pour avoir mal « péréquationné » le secteur social et le secteur rentable (affirmation gratuite et non démontrée)…je propose qu’ils soient condamnés à repeindre les bureaux de la Miilos… Si (et seulement si) mon analyse simplette est fondée.
2 – Au niveau gratification, c’est déjà fait et bien fait…merci
En complément une décoration serait bienvenue, et, aussi, une statue en cire au musée Grévin…
 
CONCLUSION
Le logement social (et non social) abrite la Famille, fondement de notre société.
J’ai conçu, monté, piloté, réhabilité, construit, exécuté des milliers de logements sociaux et d’autres luxueux (le béton armé qui les constitue est le même).
Je pense que je me serais « explosé »  à bosser au sein de la Semsamar à la droite d’un JPF ou d’une MPBR…

Le seul problème c’est que nous aurions fait des marges encore supérieures… 🙂

DOM – LA SEMSAMAR  (Par un Nul et Pour les Nuls)

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Par Dom août 17, 2015 17:08
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