Culture – Le rapport sur les librairies et l’accès aux livres en Outre Mer

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Par Ministère 1 Oct 2014 16:26

Culture – Le rapport sur les librairies et l’accès aux livres en Outre Mer

Au terme de leur mission, les rapporteurs dressent un bilan contrasté de l’état de la librairie et de l’accès au livre dans les DOM. 

Au titre des éléments positifs de ce bilan figure incontestablement le maintien, en dépit de circonstances économiques qui n’ont pas toujours été favorables, d’un réseau de librairies encore actif et important dans chacun des départements utltramarins, le plus souvent dirigées et animées par des professionnels qui ont la passion de leur métier et le souci de transmettre leur amour du livre et de l’écrit, en dépit de la fragilité économique à laquelle est exposée leur activité. 

De même, on peut considérer que, globalement, l’équilibre économique qui s’est établi autour d’un dispositif reposant d’une part sur une majoration modérée du prix du livre non-scolaire (alors que le prix des livres scolaires est désormais le même qu’en métropole), et, d’autre part, sur une subvention au transport, dont les rapporteurs estiment qu’elle demeure indispensable, n’appelle pas de réforme majeure (même si ce dispositif revient, en fait, à faire compenser par le ministère de la culture et de la communication la baisse du prix des manuels scolaires). Pas plus que le principe de la délégation de la gestion de cette subvention à la Centrale de l’édition, qui assure par ailleurs efficacement le groupage des expéditions de livres vers les DOM. 

Enfin, les rapporteurs ont pu constater une réelle mobilisation des services et opérateurs de l’Etat (SLL, DAC, CNL et DGOM) sur les questions touchant à la diffusion du livre dans les DOM. 

Toutefois, l’historique, retracée dans le présent rapport, de la mise au point- assez laborieuse- d’une politique du livre dans les DOM, qui ne s’est pas déroulée sans heurts, et qui demeure en partie inachevée, aboutit aujourd’hui au constat de difficultés récurrentes pour les libraires (et par là même pour la diffusion du livre), dont certaines avaient déjà été pointées dans le rapport de la mission de 2001 et nécessitent qu’on y remédie sans délai. 

En premier lieu, il convient de diversifier les modes d’accompagnement et de soutien des libraires des DOM, comme cela avait été prévu au début des années 2000, et de ne plus se reposer pour cela exclusivement sur la subvention au transport dont la vocation est limitée. Ainsi, la situation économique des libraires devrait-elle être améliorée par l’allègement de charges spécifiques dont la justification est sujette à interrogation. Ceci correspondrait à la « bonification éditeurs » qui avait été envisagée par la mission de 2001. 

De même, une harmonisation de la fiscalité du livre dans les DOM serait aussi nécessaire, pour autant que la situation des libraires est meilleure dans les départements où le livre n’est pas assujetti à l’octroi de mer. En outre, un accès à la défiscalisation pour ces entreprises serait très incitative à leur modernisation, qui est maintenant indispensable. 

Dans le même registre, l’aide au transport mérite une mise à jour afin de demeurer dans une enveloppe raisonnable et elle doit à l’avenir prendre une forme plus sélective. Ses critères d’attribution doivent être revus en ce sens et formalisés. Elle doit être aussi complétée par l’incitation des libraires des DOM à recourir au dispositif d’aides qui vient d’être récemment étoffé dans le cadre du plan librairie, afin de diversifier et de mieux individualiser les soutiens aux entreprises. 

Par ailleurs trois chantiers importants sont à entreprendre : celui de l’organisation du marché des livres scolaires, qui passe par une meilleure anticipation de la commande des manuels à travers des prescriptions décidées plus tôt dans l’année par le corps enseignant. Cette meilleure organisation est un moyen de limiter et de réduire le coût du transport des livres scolaires. Cela passe aussi par la définition d’une politique d’achat ou d’aide aux familles de la part des collectivités territoriales et des rectorat qui prennent en compte l’impact considérable de leurs décisions sur la santé économique des librairies au plan local, et donc sur la diffusion du livre en général.

Le second chantier est celui du numérique. L’avantage du livre numérique pour les habitants des DOM sera à très court terme un facteur de choix : par son prix et par sa facilité d’accès. Il convient donc d‘inciter dès maintenant les libraires des DOM à devenir – à côté de leur activité traditionnelle reposant sur le livre imprimé- les médiateurs du livre numérique auprès de leur clientèle en s’appuyant sur des dispositifs techniques déjà expérimentés en métropole. 

Enfin, la mission a perçu l’intérêt grandissant des collectivités territoriales pour la filière livre, à travers toutes ses dimensions : l’édition, la lecture publique, la librairie. Il est donc temps qu’un partenariat durable s’engage entre l’Etat et les régions ultramarines, qui pourrait – c’est le troisième chantier- aboutir à la conclusion rapide de contrats de progrès pour l’économie du livre, ouvrant la voie à une meilleure coordination et à une réelle complémentarité des actions menées en faveur du livre dans les DOM, dans l’esprit de la continuité territoriale, et d’un accès plus aisé des ultramarins à la diversité de la production éditoriale, dont les libraires demeurent aujourd’hui les garants. 

Corinne Desforges,  Inspectrice générale  de l’administration

François Hurard,  Inspecteur général  des affaires culturelles


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Par Ministère 1 Oct 2014 16:26