Michel Foucault, l’autre fondateur de AIDES

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Par Autre 26 Juin 2014 10:49

Michel Foucault, l’autre fondateur de AIDES

Le décès de Michel Foucault, il y a 30 ans jour pour jour, fut l’évènement déclencheur de la création de AIDES. Mais plus que sa mort, c’est toute la démarche foucaldienne qui posa les bases des valeurs de l’association, et ces principes d’action nous guident encore aujourd’hui. AIDES lui rend hommage.

Décédé le 25 juin 1984, Michel Foucault fut l’une des premières personnalités françaises à être victime du sida. DanielDefert, son compagnon, prend alors conscience de la chape de plomb qui entoure la maladie et les malades. Révolté par la confiscation du diagnostic par les médecins, il décide de rendre la parole aux malades. Quelques mois plus tard, AIDES était née.

Paradoxalement, Michel Foucault n’aura pas eu le temps d’organiser une prise de parole sur son état de malade, mais sa pensée influencera 30 ans de lutte contre l’épidémie. Invité à prononcer un discours devant les militants de AIDES, Daniel Defert explique comment les réflexions de Foucault allaient guider l’association :

« Cette expérience que nous avions menée ensemble, c’est ce modèle qui s’est imposé à moi d’emblée et aux premiers volontaires de AIDES pour continuer, sous la forme de ce qui était aussi un deuil, une action politique, à la fois continuer une parole et légitimer la parole interdite. C’est-à-dire que le savoir qui est porté par cette parole doit être transgressif. Un savoir qui n’est pas transgressif est un savoir qui répond à l’attente de l’autre, qui répond à l’attente répressive, et justement, quand on est amené à parler d’homosexualité, de prostitution, de toxicomanie, de transsexualité, nous sommes amenés à tenir des discours transgressifs et à faire entrer dans le champ du savoir, de l’expérience collective des choses transgressives. On n’a pas forcément à affirmer une identité, mais à affirmer une expérience, un savoir, une parole transgressive. Ce que Foucault nous a légué, c’est effectivement la prise de parole des gens exclus de la parole et de donner à ces prises de parole la forme d’un savoir transgressif qui doit fonctionner comme contre-pouvoir. Nous sommes dans cette tradition-là de constituer un savoir transgressif qui est un contre-pouvoir. »

Daniel a coutume de dire : “Je pense que si c’était moi qui était mort à ce moment-là, Michel n’aurait pas baissé les bras.” 30 ans plus tard, AIDES tient à rendre un vibrant hommage à Michel Foucault et à sa pensée, qui chaque jour continue de prendre corps à travers les actions de nos militants sur le terrain.

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Par Autre 26 Juin 2014 10:49