Chikungunya. Piqure de rappel et ouverture de la chasse au moustique

Igor Rembotte
Par Igor Rembotte décembre 6, 2013 22:58

Chikungunya. Piqure de rappel et ouverture de la chasse au moustique

La presse locale s’en était déjà fait l’écho, l’Agence Régional de Santé de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy le confirme et lance un grand “sus au moustique” : le chikungunya a choisi Saint-Martin comme destination touristique et s’invite au tout début de la saison.

Principe de précaution oblige et fort de l’expérience réunionnaise de 2005/2006 qui avait touché près de 40% de la population et duré un an et demi, l’ARS tenait donc ce jour plusieurs réunions en préfecture pour que cette épidémie naissante puisse être rapidement endiguée. En la matière, pas de secret, cela dépendra largement de l’action de chaque citoyen que nous sommes.

Madame la Présidente Aline Hanson, Monsieur le Ministre de la Santé Cornelius De Weever et Monsieur le Préfet Philippe Chopin

Madame la Présidente Aline Hanson, Monsieur le Ministre de la Santé Cornelius De Weever et Monsieur le Préfet Philippe Chopin

C’est donc en présence de Monsieur le Préfet Chopin, de la Présidente Hanson, du directeur de l’ARS Monsieur Richard et du Ministre de la santé de Sint Maarten, l’honorable Cornelius de Weever ainsi que d’un panel de professionnels de la santé que l’alerte chikungunya a été lancée à destination de la presse pour qu’elle s’en fasse le relais.

Chikungunya… les symptômes

Cela faisait quelques jours voire semaines que des témoignages notamment via Facebook relayaient des cas présentant de symptômes assez proches : forte fièvre, douleurs articulaires, maux de crânes and co… Sensibilisés que nous sommes à la dengue, ces cas présentant des caractéristiques cliniques assez proches, ils ont tout naturellement et de prime abord étaient imputés à l’un des 4 serotypes de cette maladie transmise par le moustique aedes aegypti (le moustique aux pattes rayées noir et blanc).

Le doute s’installe quand les tests sanguins se révèlent négatifs à la dengue et des échantillons sont donc transmis à Marseille, au Centre national de référence des arbovirus. Le verdict est tombé le jeudi 05 décembre 2013 : deux cas de chikungunya sont identifiés chez des patients résidant à Oyster Pond.

En marge, une trentaine de personnes sont référencées à ce jour comme étant des cas évocateurs du chykungunya mais n’ont pas réagi positivement au test. En effet, pour la détection du virus, plusieurs tests sont parfois nécessaires selon le stade atteint par le patient.

Chikungunya… le traitement

Pas de miracle en la matière, le chikungunya est à l’instar de la dengue un virus que l’on ne combat pas avec des médicaments. Dans tous les cas et dans la mesure où l’automédication reste un mauvais réflexe mais très présent en cas de fièvre, il faut éviter les anti-inflammatoires, l’aspirine, s’hydrater beaucoup, éviter de se faire piquer pour ne pas transmettre via le moustique le virus et surtout faire appel à un médecin !

Chikungunya… la prévention

Le travail de prévention est particulièrement simple : éliminer l’aedes aegypti. Ce qu’il faut savoir et pour que ce message touche bien l’ensemble des lecteurs, c’est que le virus n’a à ce jour jamais été identifié à Saint-Martin et qu’en ce sens la population n’a pu développer aucune immunité face à lui : en gros, ici, le chykungunya dispose d’un boulevard pour se développer et ce n’est que par action concentrée du citoyen et des pouvoirs publics qu’il sera possible d’endiguer l’épidémie qui se profile.

061213-Lutte

Au niveau du transport de passagers, les aéronefs au départ de Grand-Case font d’ores et déjà l’objet de pulvérisations d’insecticide qui garantissent le fait de ne pas “exporter” le virus au travers d’un moustique passager clandestin.

Des pulvérisations vont naturellement débuter de façon intensive dès ce soir du 06 décembre dans le quartier d’Oyster Pond et seront ensuite étendues à Quartier d’Orléans et sur le reste de la partie française. Le Ministre de la Santé de Sint Maarten, Cornelius de Weever, a autorisé les autorités françaises à étendre les pulvérisations sur les secteurs frontaliers d’Oyster Pond, indiquant que ce problème imposait une lutte conjointe et coordonnée.

La collectivité redoublera de son côté d’efforts pour que les gîtes larvaires que constituent les carcasses de voitures et autres encombrants soient résorbés. La Présidente Hanson insistait sur le fait que le civisme doit l’emporter maintenant et face à ce virus sur le laxisme habituel : les citoyens doivent se responsabiliser et œuvrer à leur niveau pour éradiquer tous les sites potentiels de reproduction du moustique. Une cible particulière a été évoquée par la Présidente : les cimetières. Ceux-çi sont de moins en moins entretenus et, au delà “d’un manque de respect évident vis à vis de nos morts”, beaucoup de coupelles, de pots et autres contenants deviennent autant de gîtes larvaires.

Chikungunya… l’expérience réunionnaise

L’épidémie de 2005-2006 à la Réunion par son ampleur a eu de réelles conséquences économiques. Des conséquences directes tout d’abord puisque 35 000 personnes ont été infectées et que cela a engendré un nombre important d’arrêts de travail, faisant sensiblement chuter la productivité. Un impact moins direct mais qui devrait nous interpeller tout particulièrement : le tourisme a pris de plein fouet cette épidémie au point que des mesures spéciales ont du être développées par le gouvernement de l’époque. L’INSEE a d’ailleurs sur le sujet consacré une analyse que vous trouverez ici : 

  Impact de l'épidémie de chikungunya sur le tourisme à la Réunion (52,4 KiB, 484 hits)

061213-AHSMA ce sujet, l’Association des Hôteliers de Saint-Martin, conviée au comité de gestion qui s’est tenu avant la conférence de presse, a tenu à poser le cadre rationnel et raisonné de la prise en considération du principe de précaution face une épidémie potentielle et au regard des impacts lourds sur l’économie saisonnière.

A Saint-Martin et dans la mesure où le tourisme est un pilier d’une envergure autre que ce qu’il est à la Réunion, cumulé au fait qu’il n’y avait pas de plus mauvais moment pour que le virus nous choisisse comme destination, il est prépondérant que TOUTES et TOUS soyons à même de traiter nos environnements : Saint-Martin vit suffisamment de difficultés pour que l’on ne s’autorise pas un laxisme qui serait favorable à l’expansion de l’épidémie.

En tout état de cause, il est semble complexe de traiter d’un sujet de santé publique aussi sensible sans mettre en péril une saison touristique qui débute et dont le territoire à plus que besoin. Dans un monde où l’information vit une surcote permanente dans la mesure où elle est aujourd’hui disponible à profusion, il sera pour certains difficile de résister aux opportuns effets de manchette et les gros titres ne manqueront pas de porter le plus haut possible une épidémie naissante qui peut pourtant être endiguée si le citoyen se prend un peu en charge. De grâce, évitons les “Terreurs sur Saint-Martin, le chikungunya est là”.

Tout savoir sur le chikungunya : 

  Tout savoir sur le Chykungunya grâce à l'ARS Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy (225,0 KiB, 770 hits)

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Igor Rembotte
Par Igor Rembotte décembre 6, 2013 22:58

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