Le tissu politique de Saint-Martin : une peau de chagrin ?

Igor Rembotte
Par Igor Rembotte 21 Avr 2013 21:10

Le tissu politique de Saint-Martin : une peau de chagrin ?

Comme nous vous l’indiquions le 12 avril dernier</a>, Louis Jeffry était en attente de la décision du Conseil constitutionnel suite au rejet de son compte de campagne dans le cadre des législatives 2012.
Le Conseil a rendu son verdict vendredi 19 avril et a, comme attendu, déclaré Louis Jeffry inéligible pour une période d’un an pour ne pas avoir déposé son compte dans le delai légal.
Si cette durée lui laisse la porte des prochaines sénatoriales ouverte, pour peu qu’il souhaite la franchir, cette décision logique participe un peu plus à l’étiolement du paysage politique saint-martinois.
 
En effet, les déclarations d’inéligibilité successives rendues à l’encontre des “piliers” politiques saint-martinois interpellent de plus en plus les électeurs et ne risquent pas de les réconcilier avec les urnes qu’ils boudent massivement en général, au point de poser Saint-Martin régulièrement dans le top des abstentionnistes.
 
Une première approche consisterait à penser que le système électoral français lui-même ne serait pas adapté à notre territoire. Dans ce cas, il nous faudrait brandir de nouveau l’étendard faire-valoir de nos spécificités et appeler à la mise en place d’un code électoral propre à Saint-Martin.
 
Cela permettrait sans doute de valider ou de légaliser certaines pratiques locales telles que le “flag contest”, l’affichage sauvage, la communication Dutch Side, les interventions sur les télés privées ou les services de voituriers pour se rendre aux urnes qui concernent les habitudes de campagne plus que les obligations des candidats eux-même.
 
Mais au regard des causes d’inéligibilité (non ouverture de compte bancaire, double ouverture de compte, dépôt du compte de campagne hors délai ou absence de dépôt), il nous faut bien admettre que celles-ci relèvent plus du laxisme ou d’une certaine incapacité locale à suivre la loi à la lettre. La présence de l’Etat à Saint-Martin est en effet bien trop récente pour pouvoir modifier des habitudes historiquement ancrées.
 
Or, si le rétablissement d’un état de droit était à la fois un objectif affiché et une condition de réussite de notre statut d’autonomie, il passe obligatoirement par le respect strict des règles républicaines qui ne relèvent pas de nos champs de compétences. C’est en tous cas ce que l’on pourrait attendre en particulier de nos hommes politiques, en vertu des adages populaires qui veulent que l’exemple vienne d’en haut et que nul n’est censé ignorer la loi… surtout lorsqu’ils prétendent à des fonctions nationales.
 
Quoiqu’il en soit, il n’en reste pas moins que le bilan global n’est pas positif et décrédibilise particulièrement la classe politique traditionnelle. Il engendre également un sentiment de non-choix, de manque d’alternative. En effet, si pour quelque raison, des élections, territoriales, législatives, sénatoriales voire européennes étaient anticipées sur l’année 2013, les habituelles têtes de liste seraient peu nombreuses à pouvoir se porter candidat.
 
Est-ce à dire que le temps d’un renouvellement est venu ? Si tel devait être le cas, la nouvelle génération de politiques tarde à poindre le bout du nez, préférant sans doute le business aux affaires de la cité.
 
Dans ce cadre, et dans notre contexte qui voit une montée insidieuse des communautaurismes, il serait regrettable que certains saisissent la perche de la stigmatisation pour constituer des groupes fermés et exclusifs alors même que le rassemblement et l’ouverture sont non seulement l’identité même de Saint-Martin, mais également le moyen de valoriser notre culture tant qu’il en est encore temps et de se doter des clefs d’une nouvelle réussite.
Igor Rembotte
Par Igor Rembotte 21 Avr 2013 21:10