Saint-Martin. Le BTP tire la sonnette d’alarme

Yves KINARD
Par Yves KINARD 6 Mar 2013 03:44

Ce mardi soir, le BTP avait invité ses adhérents, mais aussi plus largement le monde économique. Au total, cette réunion en rappelait une autre. Etait-ce il y a un an, deux? En tous cas, les incertitudes d’alors sont devenues les certitudes d’aujourd’hui: nous sommes au fond du trou!

Première constatation qui pourrait illustrer les propos des orateurs, c’est l’éclaircissement des rangs. En effet, alors que la précédente réunion du genre avait fait salle comble, on peut dire qu’il n’y avait guère plus de la moitié d’alors. Disparition des sociétés, désintérêt, épuisement? Sans doute un peu de tout cela. Les chiffres sont révélateurs. 50% des sociétés ont disparu et celles restantes ont licencié la moitié de leur personnel. Au fil des interventions, le constat est le même: les carnets de commandes sont vides, les architectes n’ont pas de projets sur la planche à dessin, d’autres semblent administrativement bloqués à un étage ou l’autre, la cité scolaire longtemps ressentie comme un ballon d’oxygène semble s’éloigner par l’incapacité qu’a la COM à financer sa part et tout est à l’avenant.

Il a fallu attendre l’intervention énergique et sans langue de bois de Daniel Gibbs pour mettre le nez clairement dans le fond du problème. Il ne sert à rien de réclamer auprès de la Collectivité qu’elle investisse pour relancer la commande publique, elle n’en a pas les moyens. Il ne sert à rien de pleurer auprès de l’Etat pour obtenir un rééquilibrage de notre dotation dont d’ailleurs la perception me semble erronée. Quand la Guadeloupe, ai-je entendu, reçoit 5600€ par habitant, Saint Martin n’en a que 680. Ben oui, mais le différentiel s’explique peut-être par le fait que l’Etat perçoit pour lui les impôts en Guadeloupe et avance les douzièmes. Or, comme nous avons la maîtrise de notre fiscalité, c’est cela de moins que l’Etat doit nous avancer. Juste ou pas, le calcul laisse à l’évidence un manque cruel que nos institutions n’arrivent pas à compenser d’autant que certaines charges (RMI par exemple) nous sont imputées sans que l’Etat fasse l’effort nécessaire au niveau de la perception de l’impôt. Mais le moment fort de l’intervention de Daniel est de rappeler cette évidence: nous avons hérité du 74 un outil que nous envient bien des collectivités, celui de l’indépendance fiscale. Qu’en avons-nous fait? Rien, ou peu, et très mal. Il ne sert à rien de pleurer auprès de l’Etat qui aura facile de nous renvoyer à cet outil que nous n’utilisons pas, ou en nous enlisant dans des compromis absurdes.

La conclusion de cette soirée est évidente. Notre avenir est avant tout politique. Le BTP, pas plus que les socio professionnels en général, qu’il a d’ailleurs voulu associer dans sa démarche, rappelant qu’elle doit être collective, n’a le pouvoir politique de décider de la fiscalité qui doit être plus attrayante pour l’investisseur. Par contre, il est clair que c’est la population toute entière qui peut peser sur le monde politique pour infléchir la démarche. Plusieurs possibilités existent. La manifestation d’ampleur pour montrer la colère de la population et obtenir des politiques d’enfin revoir cette fiscalité absurde et sans avenir. La seconde est de faire du lobbying auprès des élus les plus malléables pour infléchir leur vote et mettre en minorité la majorité actuelle si elle ne veut pas entendre raison. Enfin, les professionnels ont toutes les connaissances et compétences nécessaires pour étudier des projets porteurs et trouver ensuite des investisseurs privés rassurés par une visibilité fiscale. Daniel Gibbs, dans son intervention, a remis clairement les points sur les i. Il a raison. Mais l’entendrons-nous quand malheureusement, alors qu’il oeuvrait dans ce sens, une partie de la population a voté tout plutôt que Daniel. Ceux-là doivent se mordre les doigts, car ils travailleraient aujourd’hui et pas nécessairement dans la direction de la démesure que l’opposition a annoncée pour le décrédibiliser. La solution est à trouver dans le privé: les apports extérieurs qui ne viendront que si nous devenons attrayants. L’outil, c’est la fiscalité. Il faut donc la revoir. Point de salut en dehors de ce schéma. Et il y a urgence, sinon, bientôt, plus personne ne sera en mesure de payer.

Yves KINARD

Yves KINARD
Par Yves KINARD 6 Mar 2013 03:44