Antilles. L’inadaptation de Saint Martin

Yves KINARD
Par Yves KINARD février 6, 2013 23:04

Antilles. L’inadaptation de Saint Martin

Cela fait longtemps qu’on le dit: Saint Martin est dans un environnement économique concurrentiel qui pénalise son développement économique. Au-delà des différentiels de salaires, de niveaux de vie ou de monnaies, il y a une vraie question à se poser sur notre devenir.

Par Yves KINARD

Depuis longtemps nous faisons tous ce constat sans pour cela apporter, ce me semble, les réponses adéquates. Le problème de base se trouve être que nous sommes sur une terre rattachée à la France, et donc l’Europe, à laquelle s’impose tout un carcan administratif pesant. Les voisins proches, ou même plus lointains, ne connaissent pas ces contraintes et peuvent de ce fait proposer un produit aussi attractif que le nôtre, voire plus, mais à un prix bien moindre. Depuis des années, si l’analyse a été faite, la tendance générale est à vouloir réduire le poids de ces contraintes pour devenir plus concurrentiels. Le choix paraît évident, mais conduit à mon sens à une impasse.

Les exemples sont nombreux. Le bâtiment par exemple est obligé d’utiliser des matériaux agréés quand l’équivalent américain, mais non conforme, importé en partie hollandaise revient bien moins cher, ce qui déséquilibre la concurrence. Quand bien même ils tricheraient ou arriveraient à justifier de l’emploi de ces produits, ce sont les architectes et les assurances qui ne couvriront plus la construction puisque la loi française s’applique ici comme en Métropole, sans nuances. Mais ici vous avez la décennale quand de l’autre côté de la frontière, une fois la maison livrée, vous assumez…..

Les restaurateurs ne sont pas en reste qui nous expliquent que la viande américaine importée ici au mépris de la réglementation européenne, correspond mieux au goût de la majorité de la clientèle. Les produits de la mer pêchés ici sont trop chers quand les mêmes peuvent être achetés sans contrôle sanitaire du côté hollandais. Effet pervers de l’accord de Concordia qui conduit à une libre circulation sans vrai contrôle ou avec des procédures adaptées aux spécificités locales dont il me semble qu’au final elles concourent à un nivellement par le bas.

Si l’on poursuit la logique concurrentielle jusqu’au bout, force est d’admettre que nos salaires sont trop élevés, nos charges aussi et qu’il faudrait donc s’aligner sur nos voisins. Personne ne semble envisager qu’il faudrait tirer ceux-ci vers le haut, mais tout le monde vise à simplifier nos procédures, notre administration pour la rapprocher des règles de fonctionnement voisines, tout en continuant à gagner autant (et même plus si possible) et profiter de l’environnement et la sécurité de la mère patrie. Mais est-ce bien la solution?

J’ai un peu l’impression qu’en partie française on veut le beurre et l’argent du beurre, et aussi le c.. de la fermière par dessus le marché. Si nos salaires et charges sont élevés, c’est aussi parce que nous profitons des avantages liés à la France et l’Europe. Notre sécurité sociale n’a rien à voir avec celle de nos voisins, nos chômeurs reçoivent des allocations bien souvent supérieures au salaire minimum de nos voisins, l’Europe nous dispense des aides sur des projets allant parfois jusqu’à 80% via le Feder quand nos voisins ne peuvent prétendre qu’au FED bien moins généreux (5 fois moins en moyenne). Nos protections diverses comme celles du monde bancaire ou de l’assurance nous apportent une sérénité inconnue chez nos voisins comme tout un ensemble de lois qui nous protègent. Tout cela se paie. Que voulons-nous? Nous vivons dans l’Europe, donc avec un niveau de vie élevé par rapport au reste du monde. Voulons-nous du jour au lendemain abandonner tout cela pour être, certes, plus concurrentiels envers nos voisins immédiats, mais nous retrouver isolés avec des faibles moyens dans un environnement plus large mondialisé?

Ne vaudrait-il pas mieux s’adapter à nos particularités et tenter de les présenter comme un avantage et un label de qualité? Pourquoi tirer vers le bas plutôt que vendre un produit plus riche comme ils le font à Saint Barthélemy. Impossible me dira-t-on? Ah bon! C’est sûr qu’en se plaignant cela ne va pas avancer, mais peut-être serait-il temps d’envisager l’avenir non par rapport aux autres, mais bien par rapport à ce que nous voulons faire de notre île. En d’autres termes, redorer son image en faisant tous un effort à notre propre niveau. Cela passe par des choses toutes simples: du civisme, éduquer nos enfants, repeindre la maison, nettoyer le jardin, veiller à ne pas dégrader l’environnement, évacuer les épaves, arrêter de prendre le touriste pour une vache à lait, mais en vrai hôte que nous accueillons avec le sourire, participer au monde associatif et culturel, restaurer notre identité, et, cerise iconoclaste sur le gâteau, instituer une vraie frontière puisque de toutes façons les accords de Concordia sont appliqués à sens unique et au détriment de la partie française. Vision angélique? Sans doute. Mais attendre le changement en réclamant des autres un effort n’a jamais fonctionné.

Le premier effort à faire, c’est le sien propre. Ne pourrait-on imaginer que nous allons vendre une qualité et un certain art de vivre à la française plutôt que de singer les voisins et offrir aux visiteurs une vision tropicalisée de ce qu’ils ont aussi chez eux? Les autres sont moins chers? Et alors? Vendons un produit différent, mieux organisé, plus structuré, avec de réelles innovations dans un environnement propre, agréable, convivial, respirant l’art de vivre français et plus généralement européen et bien entendu, plus cher. Il fut un temps où l’on prétendait vendre Saint Martin comme un produit au-dessus de la moyenne. Sans avoir fait les efforts nécessaires par rapport à la concurrence, nous nous sommes laissés dépasser par elle sans conserver cette marge d’avance que nous avions, et au contraire en la réduisant par une vision à court terme de la lutte concurrentielle basée sur la comparaison et l’alignement. Avez-vous remarqué que les enseignes low-cost se battent à coup de centimes, et sont en difficulté, quand le luxe des grandes marques continue à afficher une bonne santé insolente? Cela ne vous fait pas réfléchir ?

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Yves KINARD
Par Yves KINARD février 6, 2013 23:04

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