Le tourisme en question

Yves KINARD
Par Yves KINARD septembre 29, 2012 23:42

Je relisais l’article de Jean-Yves Duthel concernant le tourisme et le niveau est tel qu’il me semble nécessaire d’en remettre une couche. Il se fait que j’ai un petit avantage sur lui, c’est qu’il y a quelques années j’étais administrateur de l’Office de Tourisme, alors sous la présidence de Roméo Fleming et dirigé par Bernadette Davis. L’actuelle vice-présidente, Jeanne Vanterpool était déjà administratrice.

Quand, dans son article, JY Duthel parle de la campagne dans le métro, je me rappelle fort bien l’avoir approuvée à l’époque (encore que je crois me rappeler que c’était le métro à Paris et pas à Montréal, mais peut-être ma mémoire me fait-elle défaut). A noter quand même pour la réalité des choses que cette campagne était surtout due à la pugnacité de l’agence de publicité que nous avions (et avons toujours je crois) là-bas, Indigo, car il faut bien dire que vus les maigres moyens de l’Office, nous étions régulièrement candidats à l’achat d’espaces publicitaires au rabais (c’était une bonne occasion). En quelque sorte une démarque dont Indigo (à moins que ce ne soit Olivier Louis, notre représentant à Paris) avait eu vent et qu’il avait contractée. Néanmoins, un très bon résultat. Je me rappelle aussi qu’à l’époque Jeanne Vanterpool avait réalisé une très bonne opération (une des meilleures). Le magazine “Voici” avait dans les dernières pages une rubrique “une lectrice nous fait découvrir..”. Et ainsi, elle avait pendant une journée baladé les journalistes notamment à Pinel. Une opération très réussie (et qui ne nous a rien coûté) et qui est à l’image de ce que je dis qu’il faut faire: de la promotion indirecte. On monte un événement parfaitement délocalisable, mais qui, se faisant à Saint Martin, permet de faire parler de l’île.

L’interrogation sur notre présence à Top Résa que soulève Jean-Yves Duthel est le reflet exact des papotages de comptoir de gens qui n’y connaissent rien et qui sous prétexte qu’ils ont (ou pensent avoir) une petite notoriété se croient obligé de donner leur avis. Outre le fait que cet avis est donné dans un français très approximatif et d’ailleurs parfois parfaitement incompréhensible (comme la phrase, je cite textuellement, fautes comprises: “Aujourd’hui ‘hui, il s’est lui-même, puisqu’il occupe aussi la fonction de président de l’Office, dans cette peau de chagrin et officie au néant touristique.”) il montre à quel point notre alsacien du Québec devrait rester cantonné à la politique et l’histoire qui sont, à l’en croire, ses diplômes, plutôt que porter un avis sur la démarche touristique de l’île de Saint Martin. Je dirais à sa décharge que cette question de la participation à Top Resa a souvent alimenté nos conseils d’administration. Moi-même je me l’étais posée avant que de discuter quelques minutes avec les hôteliers. En fait, la réponse est claire, il est moins important d’y participer que de ne pas y être (c’est comme la publicité). L’absence de l’île à cette manifestation est un risque majeur que nous ne saurions prendre, car nous serions vite rayés des destinations touristiques avec à la clef des années à galérer pour revenir visibles. C’est un peu, puisque nous sommes en période de salon de l’automobile, comme si Renault ne venait pas au Mondial de l’Automobile de Paris…. Imaginez le séisme.

Maintenant, sur le fonctionnement de l’Office, je rejoins et même aggrave l’opinion de JY Duthel. Evidemment, je n’ai que des échos de ce qui s’y passe actuellement, aussi me bornerais-je à émettre une opinion sur la gestion close en avril. Les problèmes sont et restent toujours les mêmes. Tout d’abord, et la Présidence de Ide Zin Ka Yeu l’illustre parfaitement, c’est la confusion des rôles. Les administrateurs, dont une bonne part est issue de la Collectivité, n’ont pas à se mêler de gérer l’Office. Il y a pour cela une équipe administrative avec à sa tête une directrice et ils sont là pour cela. Maintenant, la question se pose de la qualité de l’équipe dirigeante et de s’interroger si l’attitude des administrateurs n’est pas une nécessité pour remédier à la médiocrité du personnel (mais qui l’a engagé???). Inversement, ce personnel d’encadrement, est-il bien libre de faire ce qu’il pense devoir faire, alors qu’il est soumis par ailleurs aux dictats des élus de la Collectivité qui, au nom de leur mandat, se pensent obligés d’émettre des avis ressemblant fortement à des injonctions? Je n’ai fait qu’entrevoir épisodiquement Mme Williams, la directrice, mais quelles sont ses compétences réelles, quelle est son expérience? Je relève que, sur une île française, avec une clientèle qui, si on en croit l’Insee, est fortement française, elle ignore la langue de Molières?

Quelles sont ensuite les compétences dans l’équipe? Y a-t-il de vrais techniciens, des gens formés au tourisme avec diplôme et expérience ailleurs que sur l’île? Que penser aussi de cette dualité entre Stéphanie Bessières, responsable du tourisme à la Collectivité, et qui est une professionnelle expérimentée (ailleurs qu’à Saint Martin, et à qui on doit d’avoir mis en place la labellisation des hôtels en partenariat avec les hôteliers) et la direction de l’Office?

En fait, la vraie raison de tout cela repose essentiellement sur les moyens. C’est certain qu’avec plus de budget on pourrait se permettre d’engager du personnel formé et expérimenté, se doter d’un ou une directrice débauché ailleurs et de faire progresser notre démarche. Mais, et là je rejoins ce que dit Jean-Yves Duthel, encore faut-il avoir quelque chose à promouvoir. Car ce n’est pas avec l’état dans lequel l’île sombre que nous arriverons à vendre le produit que nous imaginons encore avoir. Quand donc nos élus comprendront-ils qu’ils auraient mieux fait de mettre l’argent de la médiathèque dans une remise à niveau de l’île, avant de penser à promouvoir une destination en perte de vitesse? Oui il faut donner plus de moyens à l’Office, oui, il faut le réorganiser, mais la première chose à faire est de redorer l’outil en lui-même, la propreté, la sécurité, les hôtels. Après, on pourra peut-être penser à faire venir des touristes. En attendant, Top Resa est un mal nécessaire où nous devons aller pour ne pas disparaître des écrans. J’imagine que cela doit aussi être l’opinion de Daniel Gibbs puisqu’il y est passé cette année encore….

Yves KINARD

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