L’obsolescence en politique

Yves KINARD
Par Yves KINARD 9 Juil 2012 20:43

L’obsolescence en politique

Chacun a encore la mémoire de la montre de son arrière, arrière-grand-père qui marche toujours, ou la bonne vieille “Traction” ou la 2cv increvable. Et là maintenant, vous achetez un ordinateur qui sera soit, dépassé dans deux ans, soit mort dans quatre ou cinq. Qu’en est-il vraiment de l’obsolescence organisée?

Devant le lave linge qui après seulement quatre ans de service rend l’âme, ou la télévision achetée l’année passée chez les indiens et déjà en panne, on ne peut qu’imaginer que la parade qu’ont trouvée les constructeurs au rétrécissement du marché dû à la consommation est l’organisation de l’obsolescence. Je me faisais la réflexion ce matin en remontant, comme chaque lundi, la montre du bord (de mon bateau). Un bon vieux modèle marine à ressort qui tourne sans problèmes déjà depuis quarante ans sans jamais avoir nécessité de pile et avec une variation tellement faible qu’une remise à l’heure d’une minute tous les deux ou trois semaines est nécessaire. Dans le même temps j’ai une petite horloge à quartz dans le carré qui a déjà nécessité de nombreuses piles avant de rendre l’âme dans les cinq ans de son achat. Beau boîtier en laiton poli, mais à l’intérieur le sempiternel mécanisme de plastique noir de qualité médiocre.

Cela amène une réflexion philosophique qui va bien au-delà de l’aspect commercial des choses et est, pour tout dire, carrément existentielle. Si une horloge en laiton à ressort peut allègrement fonctionner un siècle, moyennant de la remonter régulièrement, pourquoi diable aller acheter une affreuse horloge en plastique avec un mouvement à quartz qui toute sa vie va générer des pollutions et de la consommation? Même plus chère, l’horloge en laiton gagnera à tous les coups sur une analyse coût/usage. Inversement, pourquoi ne fabrique-t-on pas d’horribles horloges en plastique avec un bon vieux mouvement à ressort? Réponse: parce que nous sommes fainéants mon bon monsieur.

Sous prétexte de modernisme, nous avons fortement tendance à réduire notre implication face aux objets, oubliant ainsi leur existence, leur âme, pour les reléguer à ce qu’ils sont essentiellement: des objets. D’où des voitures quasi sans entretiens, ou en tous cas bien plus espacés que par le passé, ou des objets de la vie courante dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils courent très vite à la fin de leur vie. Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis jamais arrivé à conserver un tire-bouchons plus de deux ou trois ans…. La bonne question alors à se poser est de savoir si ce sont les fabricants qui ont conçu l’obsolescence, ou le marché, c’est-à-dire nous? La bonne définition d’un objet que nous voyons comme utile est d’être attractif pour que nous soyons tenté de l’acheter, fonctionnel, ce qui est le moins, et qu’il se fasse ensuite oublier jusqu’au jour où il se rappellera brutalement à notre souvenir pour imposer son remplaçant. Qui sera acheté aussi vite pour un espace de vie limité, du comptoir du magasin jusqu’à la poubelle, avec un bref intermède chez vous. Souvent aussi, l’obsolescence est purement due à la mode: on n’aime plus. Pour autant, que l’obsolescence soit organisée ou qu’elle nous soit imputable à cause de notre fainéantise ou notre envie de changer, le fait est que, sans elle, l’industrie serait bien en difficulté, perdant une part importante de son activité. Je repense ainsi aux affreuses galoches appelées “crocs” et qui étaient tellement increvables qu’une fois le marché servi, le fabricant s’est trouvé en difficulté….

Parfois, l’obsolescence a du bon, du moins, on en a l’espoir. Comme en politique par exemple où le pouvoir use et on remplace. Pas toujours pour du meilleur, mais on l’espérait. Et la nouvelle acquisition aura sans doute la même durée de vie éphémère une fois confrontée aux dures réalités de la gestion journalière. On choisira sans doute alors aux prochaines élections un nouveau modèle avec l’espoir que, en s’en occupant peu, il nous apportera tout ce dont nous avons rêvé…. Mais si le problème était en nous? Ne devons-nous pas nous occuper un peu plus de nos objets ou de nos politiques? N’est-ce pas notre fainéantise, le fait de remettre à d’autres le soin de nous libérer de toutes les petites contingences, qui conduit à cette obsolescence, que ce soit celle de la montre du carré ou celle de nos dirigeants?

Yves Kinard

Yves KINARD
Par Yves KINARD 9 Juil 2012 20:43