Génération Outre Mer sous la plume de Jerry Desbonnes…

Autre
Par Autre mai 10, 2011 18:27

Dans le contexte de mondialisation, qui accélère la fragilisation des secteurs productifs traditionnels et expose tout le tissu des entreprises à la concurrence extérieure, Saint-Martin rattachée à l’ensemble des territoires les plus vulnérables de la planète doit relever le défi de la réussite des mutations de son économie. Alors que les collectivités territoriales s’affichent de plus en plus comme promoteurs ou accompagnants d’événementiels dans les champs de la musique, du cinéma ou encore de la littérature, il importe de s’interroger : les industries culturelles peuvent-elles constituer un des moteurs du développement économique de Saint-Martin ?

Mon propos est celui d’un acteur de terrain qui collabore régulièrement avec les professionnels de la culture et du développement, les forces vives de l’île où encore avec les décideurs. Il s’adresse avant tout à nos décideurs.

Je commencerais par rappeler que la culture compose une sphère où la société exprime son rapport au monde, son originalité, s’analyse et projette son devenir. Socle sur lequel se fondent l’organisation et le fonctionnement de la société, elle détermine le style et le contenu du développement économique et social.  La recherche connaît maintenant les mécanismes qui expliquent le rôle de la culture dans le développement. C’est à travers leur culture que les groupes s’expriment. Et c’est à partir d’elle qu’ils se mettent en mouvement pour répondre aux défis auxquels ils sont confrontés. Par sa force d’expression et son potentiel d’innovation, la création joue un rôle essentiel dans le processus de transformation de la société. L’identité culturelle définit l’image qu’une société se forge d’elle-même. Et la création artistique, constamment en évolution, contribue de manière déterminante à la faire vivre et l’affermir. On le voit chez nous par exemple, avec le carnaval qui, à Saint-Martin comme dans le reste de la Caraibe, cristallise l’identité, en tant que peuple et fusionne les groupes sociaux pour former, pour un moment, une seule communauté. Symbole de notre identité, le carnaval nous fait vibrer et nous transfigure.

Cependant, la culture ne concerne pas uniquement l’identité des sociétés. Elle intervient aussi dans l’économie globale qu’elle enrichit de son capital et qu’elle dynamise. Ainsi l’économie tout entière bénéficie des effets de l’activité culturelle à travers les productions de biens et de services adaptés aux mutations sociétales, à travers son impact sur les secteurs culturels, notamment l’ouverture de nouveaux marchés.  Dans notre environnement géographique proche, grâce à son dynamisme, son originalité et l’authenticité de sa culture, la région Caraïbe jouit d’un important potentiel de développement non seulement sur les marchés intérieurs mais aussi à l’échelle mondiale.  Si nous prenons l’exemple des festivals. Lorsqu’il s’inscrit dans la durée, un festival a des effets positifs incontestables sur l’économie locale. Il favorise le développement du tourisme et stimule des liens entre acteurs économiques et culturels qui gravitent autour de son organisation.

Tout le monde ici se rappelle de la dynamique sans précédent produite par le ‘Simbad Festival ‘! Le festival de Jazz de St Lucie par exemple, a attiré de 10 000 à 13 000 visiteurs qui ont dépensés 17, 3 millions d’USD en 2003. En Jamaïque, le festival Reggae ‘SumFest’ générait un impact économique de l’ordre de 1 milliard de dollars jamaïcains (12, 3 millions USD).

En ce qui concerne les carnavals, ils sont le pivot du développement des arts et des industries culturelles de la région. Par leur exposition médiatique, ils représentent un produit touristique attractif et permettent de créer de nouveaux marchés et de nous faire rayonner. Ils favorisent également la conservation et la valorisation du patrimoine musical mais aussi l’implantation d’infrastructures culturelles locales utiles à nos populations.

Le plus grand festival de la zone, le Carnaval de Trinidad, par exemple, a attiré en 2004 plus de 40 000 visiteurs et 27, 5 millions USD de recettes.

Dès lors, à l’instar de territoires comme le Gers, Montréal, la Jamaïque et Sainte-Lucie, pour que le secteur culturel ait un poids appréciable dans le PIB en volume des emplois de Saint-Martin, il faudra que les activités mises en œuvre soient chacune globalement porteuses de valeurs et d’emplois.  Le moment est donc venu d’agir. Saint-Martin doit élaborer les stratégies adéquates, créer les dispositifs et programmes dont la culture a besoin pour contribuer, non seulement à la croissance économique, mais aussi au bien être de la population, au partage de son expression artistique et à sa diversité

La situation économique actuelle nous conduit inévitablement à reconsidérer les approches du développement et à prendre en compte la promotion de l’identité culturelle et les moyens culturels à mettre à la disposition de la population. Rappelons que pour agir pour notre développement, nous avons besoin de nous appuyer sur nos racines culturelles afin d’y trouver la motivation et la confiance en soi nécessaires. Le questionnement autour de la contribution de la culture au développement économique, touristique de Saint-Martin s’est fait jour depuis quelques années et nombre d’artistes clament quotidiennement ce besoin de reconnaissance. Toutefois, cette reconnaissance se heurte notamment à une insuffisante compréhension entre milieux culturels et économiques.

De surcroit, si la production culturelle saint-martinoise est prolifique, cette démarche vers l’économie culturelle doit répondre à une compréhension de la portée de ce domaine, une véritable expertise puis à des stratégies de développement bien élaborées.

Dans cette logique, un groupement de techniciens et d’acteurs culturels verra le jour très prochainement et réunira un pôle d’acteurs culturels de Saint-Martin à fort potentiel extérieur et leur apportera une assistance technique continue. Le groupement en question vise les huit filières suivantes : musique, mode, artisanat d’art, danse, arts visuels (audiovisuel & photographie), éditions, littérature, arts plastiques et sports.

Les objectifs sont :

– Constituer un groupe de réflexion ainsi qu’une force de proposition en matière de promotion culturelle et économique

– Valoriser les retombées économiques de la culture saint-martinoise

– Faciliter les échanges avec les milieux académiques, socioéconomiques, touristiques…

– Faciliter les mise en réseau et collaborations avec des artistes et partenaires caribéens et étrangers

– Dans le cadre des activités, ce groupement organisera les actions suivantes :

– Appui à la prospection extérieure et actions de mise en réseaux

– Actions d’information publique et sectorielle

– Actions de communication et de promotion (salons spécialisés, missions, travaux divers…)

Les enjeux son importants et nouveaux. Comment favoriser une image plus attrayante pour notre destination ? Comment promouvoir sa notoriété dans le monde ? Comment accompagner nos artistes, assurer une présence et une distribution de leurs productions? D’une nouvelle communication ? Comment s’y préparer ? Comment faire évoluer le rapport culture/tourisme ? L’environnement technologique et médiatique actuel n’est-il pas porteur d’une nouvelle économie ?

C’est tout l’enjeu de la production culturelle qui désormais doit être également conçue en terme de stratégie marketing et de pénétrations des marchés, mais aussi en terme de notoriété pour notre destination.

En somme la culture, vecteur de développement, intégré à nos politiques publiques locales constituerait un outil d’innovation et de reconversion des activités économiques. Elle permettrait d’associer la culture à diverses politiques sectorielles. Elle sera, si nous le voulons, porteuse de l’identité de notre territoire, comme l’illustre à la perfection le reggae ou le dance hall pour la Jamaïque.

La valorisation du patrimoine et des ressources culturels doit faire partie du contenu à donner à ces ambitions. L’urgence d’une programmation pluriannuelle d’actions de développement du secteur marchand de la culture est plus que jamais d’actualité. Dans le cadre d’une stratégie globale de développement du territoire, en lien avec une démarche de prospective territoriale, il est certain que l’exploitation intelligente des ressources culturelles de Saint-Martin par les acteurs de l’action publique, aussi bien le Conseil Territorial que la représentation de l’ État, peut contribuer à faire que les constats et sentiments objectifs « Saint-Martin terre de culture, terre de talents » deviennent des réalités économiques et sociales de plus en plus fortes.

En conclusion, rappelons qu’un Saint-Martin sans projet global, sans vision globale est un Saint-Martin qui condamne son avenir. Notre dessein doit être celui d’un Saint-Martin où l’homme et la femme sont au centre de la stratégie économique.

Jerry DESBONNES

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