Lettre à la jeunesse saint-martinoise : De la lutte en territoire spécifique

Jean-François Raboteur
Par Jean-François Raboteur décembre 7, 2018 17:09

Lettre à la jeunesse saint-martinoise : De la lutte en territoire spécifique


De la lutte en territoire spécifique: Cinquième et dernière partie.

…La société souhaite qu’il ( le jeune) tourne en rond alors il obéit. Il a oublié qu’il est libre, qu’il a la faculté de penser et de juger. Il a oublié qu’il peut saisir l’essentiel; l’autonomie! l’émancipation par le travail et la culture. Mais ce don est refusé par la société, par la politique. Le politicien sait-il ce qu’est le travail? Si nous analysons le comportement du politicien face à la matière brut sociale nous pouvons émettre des doutes car le marché du travail est bien régi par la loi de l’offre et de la demande et c’est au final le traitement de la demande qui est privilégié par le politicien…( fin de la quatrième partie).

***

Le travail fut un des piliers essentiels dans la société traditionnelle française prérévolutionnaire(1) ou médiévale(2). Les révolutionnaires, après 1789, commencèrent, de manière méthodique, le massacre du travail (3).La situation du travail à Saint-Martin eût été différente que l’on n’aurait craint aucun péril aujourd’hui. L’équilibre de la société traditionnelle tripartite fut totalement détruit par l’absence de tout lien ou rapport entre richesse et travail productif ( parasitage de la société ), ouvrant les portes à toutes les conditions nécessaires à la fameuse Révolution.

La demande a écrasé l’offre dans tous les champs de la vie politique et économique. La demande est devenue non seulement le rouleau compresseur de la communication politique mais elle a phagocyté l’offre pour s’imposer comme l’unique alternative contre le chômage de masse. L’offre, quand elle apparaît en déclarant qu’elle crée de l’emploi(4), reste l’agent de la demande qui est le sujet principal et idéologique. Toute la classe politique favorise la demande ( aides sociales et assistanat, filières professionnelles qui mènent droit au chômage, formations professionnelles qui ne finissent jamais, l’immigration massive, l’Europe et l’ouverture des frontières…) alors qu’elle refuse toute pensée en faveur de l’offre ( baisse des charges et des taxes, protectionnisme, numerus clausus par secteur d’activités, contrôle de la dette…)
Comment expliquer l’appauvrissement (5) sur un petit territoire “spécifique” comme Saint-Martin? Plus la demande est forte, plus les salaires stagnent. Plus l’offre se raréfie à mesure que la demande augmente plus les salaires sont tirés vers le bas. Depuis 2000 la situation de l’emploi a empiré. Le déséquilibre entre l’offre et la demande crée de fortes tensions sur le marché du travail. Le faible niveau de formation des jeunes peut expliquer une telle tension et un tel taux de chômage chez les jeunes ( 56% chez les jeunes de moins de 25 ans). Mais il existe d’autres raisons à ce phénomène de tension. En effet, la Préfecture a continué à appliquer les mesures nationales en matière d’immigration. Les cartes de séjour ont été distribuées à un rythme plutôt soutenu mettant en situation délicate non seulement les immigrés installés depuis plusieurs décennies mais aussi les saint-martinois eux-mêmes ( de souche ou non).

L’appauvrissement au sein de la population locale s’est répandu et a progressé parce que l’offre spécialisée donc qui permet d’échapper aux bas salaires est destinée principalement aux personnes expérimentées venant de l’extérieur. Quant au secteur tertiaire, la demande est trop forte. L’offre pouvant être satisfaite à tout moment à un coût bas. Le salaire des travailleurs se situant, dans le domaine du service, entre 1000 € et 1400 € net, l’accession à la propriété avec de tels revenus n’est pas envisageable sur un territoire où le coût de la vie est exorbitant.

Maintenant, intéressons-nous aux déclarations d’Alain Richardson publiées sur le site SXMinfo en 2016 :” Objectif absolu: Il nous faudra au cours des 10 prochaines années doubler (au minimum) le niveau du Produit Intérieur Brut de notre territoire : Créer de la richesse, créer de la richesse. Me faut-il rappeler, que seul le secteur privé créé de la vraie richesse ! Le monde de l’entreprise doit être le partenaire privilégié et ce monde doit se montrer solidaire de la jeunesse et de la société dans son ensemble.”

Quand Monsieur Richardson écrit que “seul le secteur privé crée de la richesse”, il ne prend pas en compte la notion de valeurs marchandes et non marchandes(6) que l’on additionne pour calculer le PIB. Mais en ce qui concerne notre territoire spécifique qui n’a pas d’économie productive il est plutôt maladroit d’écarter d’un revers de la main l’apport en salaires du secteur public. La création de richesse nécessite toutefois des garanties même si Monsieur Alain Richardson paraît sincère dans sa démonstration. En effet, ce doublement du PIB sur 10 ans sans industries productives implique-t-il la destruction totale de l’environnement ou pire nécessite-t-il l’éradication totale de la communauté saint-martinoise de la sphère politico-économique? Ces risques étant sérieux, les garanties sont introuvables dans le programme politique d’Alain Richardson. Enfin, puisque cette lettre est adressée principalement à la jeunesse, cette dernière doit se demander si une place lui sera réservée dans le processus de création de richesse car à quoi bon un doublement du PIB si le calcul du bonheur ( de vivre sous l’article 74?) n’est pas effectué ou alors si la population est affectée par diverses maladies dont la cause est la mauvaise hygiène de vie.

De façon plus large, ce sont les partisans du “oui” à l’évolution statutaire qui sont enfermés dans ce que nous désignons comme le cercle vertueux de la contradiction. Si nous citons en exemple encore une fois Monsieur Alain Richardson, nous constatons que dans son programme, la création de richesse ne passe pas préalablement par un contrôle renforcé de l’immigration et surtout, il ne précise pas, alors que le territoire est découpé en groupes ethniques, à qui doit profiter la création de richesse. S’il déclare que la création de richesse doit profiter à tous, il trahit les siens et en même temps il renie l’esprit de son engagement en faveur de l’évolution statutaire et s’il affirme que la création de richesse n’est destinée qu’à la communauté saint-martinoise de souche ou assimilée il renonce au “vivre-ensemble” qu’il prône dans les médias.

Poursuivons maintenant. Comme le sujet de la “lettre à la jeunesse” est la lutte c’est à dire plus précisément l’observation et le décryptage des rapports de force en milieu “spécifique”, nous allons approfondir et expliquer le lien entre travail et identité et l’importance de la terre quand il s’agit de production de richesse. Toutefois, si le jeune ne parvient pas à comprendre cette partie qui va suivre, il pourra toujours chercher un homme politique pour la lui expliquer.

Quand le mouvement activiste “Grass root” prend possession des plages de manière festive à des fins de revendications anticoloniales, il agit comme un militant de base, tel un individu qui n’a pas encore atteint un degré suffisant de conscience politique. Or, un individu qui s’agite dans son coin est un loup isolé. Un loup sans sa meute est condamné à l’exil car il aura toujours en face la personne collective structurée. La société antillaise est individualiste. Tout comme les sociétés africaines qui se sont construites sur un plan tribal, les sociétés antillaises n’ont pas dépassé le stade familial. En effet dès lors que les intérêts économique et politique doivent être défendus tout comme le droit à la propriété, l’individu doit s’effacer au profit de la personne collective (7).

L’évolution statutaire qui aurait du être intégrée individuellement comme erreur fondamentale, présente pourtant toutes les caractéristiques d’une erreur collective. Ce transfert d’intérêts de l’individu au collectif est à l’image de la situation économique actuelle : collectivisation des pertes, privatisation des profits. La cause de cet effondrement est le sacrifice du couple identité-travail. Le socle de l’identité et du travail qui sont les conditions primordiales à la création de richesse ou a la production, est la terre (8). Sans terre, pas de “vraie richesse” à la manière d’Alain Richardson.

Nous pouvons donc aisément tirer cette conclusion: Dieu seul peut venir en aide à la jeunesse de ce pays.

(1) Oratores, bellatores, laboratores. Les trois composantes équilibrées de la société traditionnelle.
(2) Le Moyen-Âge en France : plus de mille ans de stabilité et d’avancées sociales et scientifiques contrairement aux idées reçues. L’esclavage interdit en France dès le XI ème siècle. Quelques siècles plus tard qui a amorcé la Traite si ce n’est pas la Monarchie catholique française ?.
(3) C’est en partie la décadence grande-bourgeoise qui amena la Révolution. C’est aussi la bourgeoisie qui prit le contrôle contre les intérêts de la classe ouvrière et populaire. En effet, il y eut les fameux décrets d’Allarde mais surtout n’oublions pas la loi Le chapelier du 14 juin 1791. Loi anti-corporation mais on peut aussi voir le début d’une vaste offensive anticatholique si on veut pousser un peu plus loin la réflexion.
(4) On peut citer comme exemple le CICE ( crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Enième plan d’annonce pour stimuler l’offre, le CICE ne restera finalement qu’un crédit d’impôt. .
(5) La question qui se pose souvent dans la communauté saint-martinoise est celle relative surtout à la perte d’identité. Pourtant, l’emploi et l’identité ne peuvent être séparés. Toute la logique de l’appauvrissement généralisé consiste à empêcher toute réflexion juste sur les liens entre ces deux aspects de la vie sociale.
(6) Quand un animateur passe une heure à la radio pour exprimer son mécontentement il réalise une valeur non marchande mais il est quand même payé pour ensuite aller consommer tout comme le policier territorial qui passe 2 heures au rond point d’Agrément pour fluidifier la circulation.
(7) Le changement de statut a été défendu par une somme d’individus qui ont compris un peu tard qu’en face il y avait la puissance collective.
(8) L’article L322-4 du code de l’environnement énonce: “Le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres peut exproprier tous droits immobiliers et exercer, à défaut du département, le droit de préemption prévu à l’article L. 142-3 du code de l’urbanisme.” Le Conservatoire du littoral peut acquérir par entente à l’amiable, par préemption ou par expropriation.

Raboteur Jean-François

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