Réactions du sénateur Arnell à la visite présidentielle

Marc Banyuls
Par Marc Banyuls octobre 10, 2018 05:12

Réactions du sénateur Arnell à la visite présidentielle


« C’est toujours un sentiment de fierté lorsqu’une telle personnalité visite notre territoire », assure le sénateur Guillaume Arnell, suite à la visite du Président Macron, une démarche « appréciée parce qu’il a tenu parole ».

Le sénateur a confié son sentiment sur cette visite et certains points qui en découle. Tour d’horizon…

Un an après Irma, le Président Emmanuel Macron est revenu sur le territoire pour faire le bilan et se rendre compte par lui-même, avec un certain nombre de ses ministres, de la situation réelle sur le terrain. « Parce qu’il a des échos », précise Guillaume Arnell, « à Paris, je relaie, autant que faire ce peut, les difficultés que nous rencontrons. Pas nécessairement avec le Président, mais avec le Premier ministre, par l’intermédiaire des questions au gouvernement, par la ministre des Solidarités que j’ai interpellée sur la question prégnante de l’hôpital… Le ministre Jacques Mézard sur la cohésion du territoire, sur le logement, etc ».

Le sénateur a ressenti favorablement l’élan de la population à aller spontanément vers le Président « exprimer sa colère, exprimer des choses qui ne sont pas toujours vraies aussi (…) Il y a un défaut de communication de la part de nos élus. Notre population exprime le désir d’être partie prenante, d’être associée, de connaître, d’avoir son point de vue et de le faire partager. On pose des questions au Président de la République, qui auraient très bien pu être posées à l’un des élus du territoire ou encore au Président Daniel Gibbs ».

Mais pas seulement aux élus de la Collectivité, car « cela ne nous dédouane pas nous-même, la députée et moi-même, d’aller au contact de la population. Comme nous n’avons, ni l’un ni l’autre, de mandat local, il est difficile d’interférer dans les affaires de la Collectivité. Il faut toujours prendre des précautions pour, chaque fois qu’on veut intervenir, ne pas heurter les susceptibilités ». Selon Guillaume Arnell, « l’essentiel est de porter au niveau national la voix du territoire. La situation est tellement difficile, parce que n’ayant pas cet échange régulier, permanent, en confiance, avec la Collectivité, quil m’est parfois difficile d’amplifier mon action au Sénat ».

Travailler à la relance de l’économie et de la reconstruction

Pourquoi cette relation n’existe pas avec la Collectivité ? « Je n’en sais rien », déclare le sénateur Arnell, « j’ai, à plusieurs reprises, exprimé cette volonté au Président Gibbs. Il me semble qu’en dépit de nos divergences politiques, l’ampleur du phénomène Irma oblige, que pendant un certain temps, nous puissions travailler tous ensemble pour la reconstruction de ce pays ». Après avoir provoqué une réunion « très enrichissante » avec le Président Gibbs, ce dernier lui aurait dit que ce n’était pas « de la mauvaise volonté », mais qu’il a « le nez dans le guidon », et « qu’il m’appartient aussi de le solliciter. Ce que j’ai fait récemment juste avant la venue du Président ».

Guillaume Arnell assure avoir eut beaucoup de plaisir à échanger avec Daniel Gibbs, « parce que nous nous retrouvons seuls. Il n’y a pas de secrets, il sait ce que je pense et je sais à peu près ce qu’il pense… Mais au moins là, on se fait confiance mutuellement ». Travailler en confiance et en cohérence dans le souci « de rebooster l’économie, de redonner confiance à notre population et de retrousser nos manches pour que ce pays, cette Collectivité sorte un peu de sa torpeur », fait partie des objectifs du sénateur.

Pour ce dernier, il est urgent que tous les saint-martinois, toutes tendances et communautés confondues, travaillent encore davantage à la relance de l’économie et à la reconstruction du territoire. « Je ne voyais pas, et je ne vois pas encore aujourd’hui, cet élan, cette communion, avec tout le monde engagé dans la reconstruction. On a l’impression que certains, effectivement, se démerdent, et que d’autres se tournent les pouces en attendant soit l’aide de L’Etat, soit que la Com fasse tout… La Com ne pourra pas tout faire, le Président Macron ne va pas envoyer ses ministres, ni l’argent pour faire ça ! ».

Où est le service technique de la Collectivité ?

Quelque peu énervé, Guillaume Arnell constate, comme tout un chacun, qu’il y a des poteaux, des panneaux de signalisation encore couchés sur les bords des routes, « tellement de lampadaires qui n’ont pas d’ampoules… Parfois l’enfouissement est là… Par exemple, à Quartier d’Orléans, dans la rue de Coralita, près du restaurant où le Président est allé, l’enfouissement est fait. Trois cents mètres plus loin, deux lampadaires étaient allumés, mais il y en avait quatre ou cinq autres qui n’étaient pas allumés… Nous avons un service technique… Ce n’est pas normal que des agents du service technique ne soient pas totalement dévoués. Les huit heures où ils sont au service de la Collectivité, il faut qu’on les voit sur les routes, dans les établissements scolaires, à la Collectivité… On en voit certains, on n’en voit pas d’autres. Et quand on passe au service technique, il y en a un certain nombre qui est là… On ne pourra pas redresser cette île si, tous ensemble, on ne s’acharne pas à vouloir rattraper les choses pour la prochaine saison touristique qui est dans deux mois ».

La Collectivité ne peut pas faire face, seule, aux difficultés

Le sénateur estime que l’Etat a contribué pour partie, « mais il est malheureux qu’on puisse mettre dans le même panier ce qui a été dépensé dans les situations d’urgence. Il comptabilise les militaires qui ont été déployés, l’eau, etc. Ce n’est pas acceptable. Certes, cela a un coût, mais ce coût-là aurait du être le coût de l’effort de la solidarité nationale ».

Guillaume Arnell considère qu’il y a un certain nombre de dispositions qui sont de la compétence de la Collectivité, « mais lorsqu’on a eu un événement de cette importance, il n’est pas possible qu’une Collectivité comme la nôtre, avec toutes ses difficultés que nous connaissons, qui ne sont pas uniquement conjoncturelles, avec des situations qui sont structurelles, qui datent de longtemps, comme le problème de l’immigration, le RSA, les impôts, l’incivilité, etc, tout cela doit être assaini. Aucune Collectivité n’aurait pu, au regard des dégâts et dans la configuration dans laquelle nous nous trouvons, faire face seule à ces difficultés ».

Il est important, selon le sénateur, que le Président Macron se rende compte que « la Nation peut faire des efforts supplémentaires, mais à la condition que l’effort de solidarité soit visible. Et c’est ce que reproche la population, elle ne voit pas le résultat de cette solidarité nationale. Il est important, maintenant qu’il est venu, qu’on fasse un retour d’expérience sur ce qu’il a vu, avec les chiffres à l’appui et une feuille de route (…) C’est seulement à cette condition que l’Etat aura la visibilité et pourra s’engager davantage ».

Trop de bâtiments de la Semsamar encore en l’état

Lorsque le Président Macron parle d’opacité, de corruption, « je crois qu’il y va un peu fort. Quand on regarde bien, s’agissant de la corruption, les personnes à qui il fait allusion ne sont pas d’ici. Je ne sais pas si elles sont corrompues ou pas, mais nous avons contribué à faire en sorte qu’elles se comportent ainsi (…) Je suis au regret de constater qu’il y a trop de bâtiments de la Semsamar qui sont encore en l’état. Je me pose des questions pour savoir où la Semsamar a commencé son action de réparations. Je n’en vois pas énormément ».

Des élus territoriaux siègent au Conseil d’administration de la Sem, « pourquoi ne sontils pas montés au créneau (…) On peut toujours reprocher à la direction, mais si on a une administration faible, la direction a toute latitude pour faire ce qu’elle veut. Il faut que les élus de la Com, y compris son Président, fassent ce qu’il faut pour que la Sem bouge… ».

Les bailleurs sociaux ont reçu près de six millions d’euros, la SIG et la SIKOA « ont déjà très largement entamé les travaux () Cela suppose que nous soyons plus attentifs à la dépense que nous faisons de l’argent venant des autres ».

Le Président n’était pas particulièrement satisfait du résultat

D’autre part, Guillaume Arnell estime que la Collectivité a perdu beaucoup de temps en allant à la confrontation avec l’Etat, « avant d’accepter qu’elle n’obtiendrait pas tout ce que l’Etat avait promis. Tout le monde sait que lorsqu’on est en situation de détresse, le rôle du Président de la République est d’apaiser les douleurs. Et pour apaiser les douleurs, il n’y a que les mots et les promesses. Mais après, il y a la réalité. Plutôt que d’aller à la confrontation, il fallait prendre l’argent qui était donné, l’utiliser à bon escient, ensuite rendre compte et après aller en chercher d’autre. Je pense que les rapports auraient été différents ».

« D’ailleurs, c’était symptomatique », assure le sénateur, « à un moment donné le Président semblait critiquer la Collectivité, et lorsqu’il y a eu les échanges du dimanche matin, c’était un autre discours. Mais personne n’est dupe. Le Président n’était pas là pour mettre en difficulté le Président de la Collectivité. Mais il a fait comprendre qu’il n’était pas particulièrement satisfait du résultat ».

Concernant le RSA, Guillaume Arnell précise que durant la mandature précédente Ramona Connor en avait fait son cheval de bataille, et « il nous avait été signifié que légalement il n’était pas possible de dématérialiser. Qu’on ne pouvait pas disposer des revenus des gens. Il a fallu Irma pour que la carte Cohésia sorte… Comme elle a fonctionné, le Président Macron voit la possibilité de dématérialiser ». Tout en insistant sur la nécessité de réformer le RSA, « tant qu’on ne comprendra pas qu’une partie de l’argent de la solidarité doit bénéficier au territoire, on aura tout faux ».

Les gros transferts d’argent ne sont plus acceptables, « on est en train de piller la richesse du territoire et de l’appauvrir, plutôt que d’aider à son enrichissement ». La dématérialisation « est une bonne nouvelle et je veillerai personnellement à ce que ce soit inscrit dans la loi et que cette promesse trouve sa traduction dans la réalité ».

Construire différemment

En tant qu’ancien responsable du Pôle Développement durable et de l’Aménagement du territoire, Guillaume Arnell est conscient qu’il n’est pas possible de reconstruire à l’identique, « mais tout cela demande une certaine pédagogie, il faut expliquer aux gens pourquoi ce n’est pas possible. Le Président Macron l’a dit, ce n’est pas parce que nous sommes en zone à risques que nous ne pouvons pas reconstruire. Nous devons reconstruire différemment ».

La Collectivité aurait cartographier très rapidement les maisons qui méritaient d’être réparées et laisser libre cours à la réparation sans formalités estime le sénateur, « ça aurait précipité la reconstruction en l’état (…) Mais, harceler les gens qui remettent une toiture alors qu’il y en avait déjà une, et que la construction avait un permis, c’est faire de la paperasserie ».

Guillaume Arnell a profité du cyclone Irma pour faire un rapport, « pas une mission d’enquête comme a fait l’Assemblée nationale et dont le résultat n’est toujours pas sorti. Le premier tome du rapport, sur l’état des lieux dans l’ensemble des territoires ultramarins, non seulement pour les aléas cycloniques, mais aussi sismiques, volcaniques, les tsunamis, est sorti. Nous avons fait une soixantaine de préconisations. Le Sénat peut se l’approprier, le gouvernement également, et proposer soit des projets de lois, soit des propositions de lois. De telle façon qu’on puisse intégrer les remarques et les formulations qui ont été faites par les professionnels et les acteurs de terrain que nous avons visités et auditionnés ». Ceci afin de permettre à des territoires qui en sont dépourvus, comme Saint-Martin, d’installer des alertes en mer, des sirènes, des emplacements de rassemblement délimités en cas de problèmes, etc,« il faut qu’Irma nous serve de leçon. Il ne faut pas faire comme pour Luis, avoir la mémoire sélective, prendre ce qui nous intéressait et oublier le reste… ».

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