Je sais, à plusieurs reprises, certains m'ont reproché ici de faire de la politique et, sans doute, je ne devrais pas t'écrire. Mais bon, depuis plusieurs jours, ça me démange vraiment et cet article du monde m'a décidé. A l'heure où je l'écris, je ne sais pas si je le publierai, en vérité, mais je sais que l'écrire me fera du bien, quoi qu'il en soit.
Vois tu, en épluchant la liste de ce qui, en tant qu'entrepreneur, m'attend désormais au niveau fiscal et social, en plus du harcèlement administratif qui est mon quotidien, je ne m'identifie pas, à la réflexion, à un pigeon, mais bel et bien à un rat. Un beau rat de laboratoire, dans une boîte, soumis à des décharges électriques, sans pouvoir désormais ni m'enfuir, ni combattre, comme dans ce vieux film d'Alain Resnais qui mettait en image le travail d'Henri Laborit. Oh, je ne fais pas étalage d'une culture que je n'ai pas, faute de temps puisque depuis que j'ai vingt ans, j'ai sacrifié mon temps libre à ma passion d'entreprendre. Je te parle d'un livre qui m'a marqué et qui ne finit pas bien : à partir du moment où l'on est persuadé que l'on ne pourra pas fuir les expériences douloureuses, on sombre dans l'apathie, puis notre système immunitaire s'effondre et nous mourrons. C'est une affaire de cerveau «limbique»...
Tu veux désormais - et cela se défend selon que l'on a certaines convictions, «aligner le revenu du capital sur celui du travail ». Pourquoi pas, après tout. L'époque est aussi difficile que dangereuse et l'objectif se comprend...
Ce que je ne comprends pas, c'est en quoi mon revenu est un revenu du capital ?
Est il maintenu, si, le matin, je ne vais pas travailler parce que je n'en ai pas envie ?
Si je meurs demain, mes jeunes enfants de 5 et 9 ans feront-il tourner mon entreprise comme si je n'étais pas là en en percevant les fruits ?
Ne suis-je pas caution, sur mes maigres biens, de chaque sou emprunté à mes banques, risquant ainsi en permamence ce «capital» fort mystérieux ?
Aurai je simplement la force et la créativité de m'adapter, au quotidien, à un monde en mutation permanente, secoué de plus par une crise qui me dépasse ? Et si non, que me restera t'il ?
Depuis trente ans, je «sacrifie un bien être actuel en vu d'un bien être futur supérieur», lequel est désormais hypothétique, ce que mon vieux prof de math appelait "investir".
Mais je n'ai pas envie de me plaindre, vois-tu.
Je ne t'écris pas pour ça.
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