Il se fait que si j'ai été par le passé me balader sur les bords du Saint Laurent, ce fut trop court pour en tirer une observation valable. Par contre, il se fait que j'ai une partie de ma famille qui vit à Montréal, à Québec et aux USA. J'ai donc autant une sensibilité qu'une information. Ce qui ne m'autorise certainement pas à être péremptoire, mais au moins circonspect. Commençons par la langue. Les Québécois sont noyés dans un océan anglo-saxon, certes, mais ils sont pour la plupart bilingues comme ici. Mais il y a quand même une grosse différence. Si le français est pratiqué, il n'est pas à sauvegarder ici comme une subsistance du passé, une culture à sauver, car celle-ci est anglophone à Saint Martin. Le temps de la colonisation française est bien loin et l'anglais est depuis très longtemps la langue véhiculaire. Au contraire du Québec qui voit dans la protection de la langue française, une identification à une culture et une histoire à protéger dans un contexte anglophone. Si nous avons aussi un passé français, il est certes dommage d'avoir perdu ce lien historique depuis fort longtemps, mais le mal est fait, et comment revenir et protéger un héritage si lointain qu'il ne s'y rattache quasi plus de traditions à part les dénominations géographiques et les patronymes de vieilles familles.
Pour résumer, au Québec il faut sauver le français et ici, grosse erreur d'interprétation de nos amis québécois, il faut sauver l'anglais. En effet, sous la pression de la scolarité, vous aurez certainement remarqué que de plus en plus de jeunes s'interpellent dans la rue et dialoguent en français. Certes, il parlent toujours anglais, mais naturellement le français prend la première place à cause du nombre d'heures passées à l'école. Sans oublier que l'on martèle que l'avenir d'un saint martinois passe par aller poursuivre des études en France, et que la moindre démarche administrative se fait dans la langue de Molières.
Là se trouve un paradoxe, car d'une part une scolarité et un parcours universitaire en français conduisent à rester en France pour avoir du travail, tandis que le marché local et dans la Caraïbes est anglais et espagnol. Une scolarité tout en français conduit à l'exode bien souvent définitif, tandis que l'anglophonie permet de rester dans la région ou même sur l'île (par exemple du côté hollandais).
Concernant le développement économique, Saint Martin n'est pas à comparer avec le Québec. Pour une excellente raison qui devrait sauter aux yeux de n'importe quel économiste: c'est que là-bas il y a des ressources naturelles et un bassin économique considérable accessible par trains, routes et canaux ou voies navigables. Ce qui revient à dire que l'importation comme l'exportation sont grandement facilitées, et donc à un coût bien moindre que celui qui nous est imposé par notre isolement. Notre absence de ressources naturelles nous condamnent à deux seules voies de développement. La première est le tourisme, la deuxième les services. Dans les deux cas, notre offre est plombée par le système français très coûteux qui conduit à rendre le travail ici non concurrentiel avec les îles voisines. Faire un centre d'appel est une absurdité puisque le coût horaire est le double de celui des îles de la Caraïbes, sans compter celui des transmissions forcément plus élevé du fait de l'éloignement et les transits par plusieurs serveurs. Dire qu'il y a de l'espace ici est vraiment une vision très mercantile de Saint Martin. Au prix où est le mètre carré ici, il y a peu de chance de voir s'installer une grosse entreprise. Un laboratoire de nanotechnologie, outre que c'est plutôt flou, est aussi l'inverse de la logique industrielle. Ce type de société s'implante quasiment toujours aux abords d'une université pour établir des liens avec la recherche pure, mais aussi pour profiter de tout l'environnement technologique.
La piste agricole est aussi totalement absurde si on parle de cultiver ici. Comment peut-on sur une île sèche, donc avec un coût de l'eau prohibitif, un coût horaire salarial très lourd, arriver à produire quelque chose à exporter quand le transport va lui aussi grever le prix final? La seule solution serait d'importer à bas prix depuis les autres îles en ayant installé une filière et la traçabilité, et de se servir de Galisbay comme porte d'entrée dans l'Union Européenne. Mais même cela est coûteux puisque cette entrée supporte une taxe. Dans un monde hyper concurrentiel où seul le profit au moindre centime compte, nous n'avons aucune chance, même sur des produits haut de gamme comme le bio (sauf sur le marché local, évidemment).
Notre seule chance reste de développer intelligemment notre tourisme et des secteurs proches. Bien sûr il restera des opportunités dans d'autres domaines, mais cela sera marginal et anecdotique. Nous ne devons pas rejeter d'ailleurs une ouverture vers le Canada au titre de la formation ou du tourisme. Car dans les deux cas, cette ouverture peut apporter des réponses concrètes à des problématiques spécifiquement saint-martinoises.
Pour finir sur les grands projets mégalos de nos amis Québécois, il faut bien admettre que d'être noyés dans l'océan anglo-saxon leur a apporté une certaine lourdeur. Non pas celle qu'ils reprochent à l'Etat français et plus particulièrement son administration, mais bien cette lourdeur au sens lourdaud des américains pour qui le roi dollar sert bien souvent de justification à tous les délires. Si les canadiens veulent investir dans notre pays, il faudra, comme les autres, répondre aux offres pertinentes qui seront émises et concourir pour emporter un marché selon nos critères, et pas ceux qu'ils croyaient devoir nous imposer pour notre bénéfice supposé.
Au reste, si l'épisode canadien a démontré quelque chose, c'est surtout leur incompétence totale en matière de communication. Je n'ai jamais pu comprendre comment une opération d'une telle importance avait pu être bâclée à ce point. Sauf à nous prendre pour des demeurés.
Yves KINARD







DUTHEL Jean-Yves
JAB
Kinard Yves







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