St Martin / St Barthélemy : Il y a 20 ans, l’ouragan LUIS passe sur les îles du Nord

F. LETUVEE
Par F. LETUVEE septembre 5, 2015 00:01

St Martin / St Barthélemy : Il y a 20 ans, l’ouragan LUIS passe sur les îles du Nord

Le 4 septembre 1995, la saison des cyclones – c’est presque la fin de cycil’été – est déjà bien entamée quand Luis s’approche du nord des Petites Antilles.

Il est le 12ème de l’année 1995 car les météorologues prénomment les cyclones par ordre alphabétique. Mais, conquête des ligues féministes américaines, les cyclones ne portent plus comme par le passé des prénoms uniquement féminins, en effet, depuis 1978, prénoms masculins et féminins alternent. Luis sera suivi de Marylin 9 jours plus tard.

Le 5 septembre 1995, LUIS…

Ce fût une catastrophe pour la population, l’économie, la saison touristique. Une catastrophe qui aurait pu tourner au cauchemar en raison d’une lente réaction des autorités françaises qui ont très mal gérées la situation avant l’arrivée du système. Aucun envoi de troupes d’aide à la population contrairement au coté hollandais, des prévisions météo qu’ils n’ont pas prises au sérieux et enfin, après le passage de l’ouragan, la mise à nu des irrégularités nombreuses et effarantes sur l’île, dont les sans-papiers, les constructions sauvages, etc… sans parler des morts officieux et officiels.

Nous étions bien peu préparé à Saint-Martin comme à Saint-Barthélémy car le dernier cyclone de cette puissance ayant atteint les îles du nord était Donna en 1960 (cyclone de catégorie 4), 35 ans jour pour jour ! De plus fin août, soit une semaine avant, une forte tempête – Iris – était passée sur Saint-Martin. Sa Trajectoire capricieuse avait pris de nombreuses personnes de court. Mais du fait de sa faible intensité, tout le monde, y compris les propriétaires de bateaux restés sur leurs embarcations mouillées dans le lagon en était sorti indemne.img152

Mais Luis n’était pas Iris. Ce que trop de personnes ont compris trop tard. Les autorités, non les météorologistes, préfecture, mairie pour ne pas trop en citer, n’ont aucunement assuré leurs rôles de protection de la population civile.

Du côté Hollandais, 2 jours avant l’arrivée de Luis, des troupes militaires avaient déjà débarqué afin de prévenir la population, la préparer, l’héberger. Côté français, il faut attendre le dimanche 3 septembre au soir pour voir les informations s’attarder sur ce phénomène de plus en plus “préoccupant”.

Le 3 septembre, en effet, le beau temps règne sur les îles du nord, pas un nuage, un vent nul, une mer d’huile… comme a chaque “gros” cyclone.. Peu de gens savent que c’est une alarme infaillible à l’approche d’un Ouragan majeur..

15-1Luis continue de s’approcher…

Le lundi 4 septembre, en milieu de journée, la première bande de nuages périphériques passe au dessus de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Les magasins sont pris d’assaut.

On se barricade comme on peut. RFO se mobilise et diffuse ses messages en Français et Créole incitant les personnes à rentrer chez eux, en insistant sur ceux qui logent en bordure de mer de rejoindre un abri sûr. Personne ne pense que LUIS va ravager les iles du nord comme il va le faire… encore et encore…

L’équipe de RCI2 (studio actuel de radio transat) passera une bonne partie du cyclone a relayer les appels de détresse de nous tous… Depuis, à chaque événement cyclonique, toutes les radios font le pied de guerre pour ne pas couper le lien humain.

Officiellement 9 morts, des disparus, des blessés graves, neuf cent cinquante personnes sans-abri, une économie à terre… Officiellement…

L’acheminement des secours en vivres et matériels de première urgence a commencé le 7 septembre au matin soit deux jours après le passage du monstre. Trois bâtiments de la Marine nationale, un avion militaire Transall, trois hélicoptères militaires Puma et cinq avions civils ont été mis à contribution. Ils devaient assurer le transport du détachement de deux cent trente hommes de la sécurité civile arrivés de Paris avec vingt tonnes de matériel, ainsi que des tentes, des lits de camp, des rations alimentaires et de l’eau minérale.

15Du coté de l’état, le ministère du Logement avait annoncé l’octroi d’une aide d’urgence de 25 millions de francs pour faire face aux premiers besoins de logements d’urgence. Localement, Albert Fleming, alors Maire de Saint-Martin qui en 1995 était encore une commune de la Guadeloupe, avait annoncé qu’il fallait aider les milliers d’haïtiens qui vivaient dans le bidonville sur les hauteurs de Concordia à se reloger dans de meilleures conditions que dans ces baraques où ils habitaient et qui avaient été détruites. On se rappellera surtout des bulldozers qui ont rayé de la carte “le village Haïtien”.

Les îles du Nord revivront, rapidement, avec énergie… Elles ne seront juste plus jamais comme avant.

Quelques chiffres du monstre Luis entre le 2 et le 6 septembre 1995 :

– Le 2 septembre à 16h UTC, Luis se situe à 1 500 kilomètres à l’est des Petites Antilles. Il est classé en catégorie 3 sur l’échelle de Saffir-Simpson (la catégorie 4 sera atteinte dans la nuit mais fort heureusement, jamais la 5 sur l’échelle Saffir-Simpson).

– Le 4 septembre à 17h UTC, Antigua et Barbuda ainsi que la Guadeloupe sont sous l’influence de vents forts de secteur nord.

– Le 5 septembre à 17h UTC, Luis vient de dévaster Antigua et Barbuda (Barbuda a subi le passage de l’œil). La Guadeloupe est maintenant sous l’influence de vents de secteur sud. L’ouragan frappera Saint-Barthélemy et Saint-Martin de plein fouet avec les dégâts que l’on connait. Durement, encore et encore… Des familles ont tout perdu, d’autres ont perdu la vie…

18– Le 6 septembre à 15h UTC, l’ouragan s’éloigne enfin vers le nord-ouest tandis qu’une bande nuageuse spiralée, constituée de cumulonimbus, se situe entre Antigua et Saint-Barthélémy.

Données :
Au cours de cette période, la pression au centre est estimée entre 936 et 948 Hps quant à l’estimation du vent maximal soutenu près du centre, elle est de l’ordre de 120 nœuds (220 km/h) avec des rafales à 145 nœuds (270 km/h).

En 1989, le passage d’Hugo sur la Guadeloupe, dans la nuit du 16 au 17 septembre, avait fait quinze morts, un disparu, quatre-vingt-sept blessés dont vingt-six graves et vingt mille sinistrés et reste pour les guadeloupéen bien présent dans les mémoires, comme Luis pour nous, les habitants des îles du nord, à l’approche de la saison cyclonique.

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